A LIRE : Attentats en Norvège: idéologie et motivations du terroriste

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Pour comprendre qui est le tueur Norvégien et ses motivations, il faut lire entièrement le pavé de 1500 pages qu'il a publié sur le net, en anglais. Cela pourrait être, en quelque sorte, le "Mein Kampf" d'Anders Behring Breivik. 

 

L'analyste Jean-François Mayer s'est livré à ce tour de force et nous livre une analyse saisissante du personnage qui se voyait comme un "chevalier justicier" contre les élites d'une Europe en voie d'islamisation. 

 

Dans son programme, il imaginait, par exemple, de "futures déportations des musulmans d'Europe" et ceux qui accepteraient volontairement la déportation recevraient une compensation : 1 kilogramme d'or par membre de chaque famille.

 

Tout a été pensé dans son programme de A à Z, y compris les meurtres de masse. Je vous livre quelques passages :

 

Il ne faut pas choisir des cibles trop protégées, mais plutôt assassiner des gens qui n'ont pas de gardes du corps.

  

La terreur, explique Breivik, est une méthode pour "éveiller les masses", mais cela suscitera aussi beaucoup de haine (p. 845). Il se penche ensuite sur "la nature cruelle de nos opérations": "Il y a des situations dans lesquelles la cruauté est nécessaire, et refuser d'appliquer la cruauté nécessaire est une trahison des gens que vous désirez protéger." Et d'ajouter: "Une fois que vous décidez de frapper, il vaut mieux en tuer trop que pas assez, sinon vous risquez de réduire l'impact idéologique désiré de la frappe." En poursuivant par une remarque révélatrice:

  

"A beaucoup d'égards, la moralité a perdu son sens dans notre combat. La question du bien et du mal est réduite à un choix simple. Pour tout Européen patriote libre, un seul choix demeure: survivre ou périr. Certains innocents perdront la vie dans nos opérations simplement parce qu'ils sont au mauvais endroit ou mauvais moment. Habituez-vous à cette idée." (p. 847)

  

Il a aussi dressé une classification de "traîtres" -dans les élites, n'oublions pas-, la France et l'Allemagne sont les pays qui en comptent le plus :

 

Breivik se soucie aussi d'établir une classification des "traîtres": A (dirigeants politiques, médiatiques, culturels et industriels), condamnés à mort et expropriés (10 par million de citoyens); B (politiciens, parlementaires, journalistes, universitaires, artistes...), condamnés à mort et exécutés (1.000 par million de citoyens); C (coupables d'avoir assisté les autres, mais moins influents), mis à l'amende, incarcérés ou expropriés (10.000 par million de citoyens); D (peu ou pas d'influence, mais ayant assisté les précédents), pas de punition (20.000 à 30.000 par million de citoyens). A partir de ces étranges quotas de traîtres, Breivik indique le nombre de personnes de catégorie A et B (donc devant être exécutés) par pays: 65.650 en France, 82.820 en Allemagne, 10,807 en Belgique, 498 en Suisse, 4.848 en Norvège, etc...

 

Pas de pitié non plus pour les femmes "traîtres" :

 

Bien sûr, un certain nombre de ces traîtres seront des femmes: mais il faut se rendre compte que l'on se trouvera sur le champ de bataille face à des femmes qui n'hésiteront pas à tirer. Il faut donc se "familiariser avec le concept de tuer des femmes, même de jolies femmes" (p. 942). Celui qui n'y parvient pas fera mieux de se tenir à l'écart du mouvement de résistance.

 

Il a tout calculé, y compris son arrestation. Souvenons-nous qu'aujourd'hui, il a demandé une séance publique qui a été refusée. Voyez son idée...

 

 Pour surmonter la peur, le chevalier doit se faire à l'idée qu'il sera inévitablement capturé ou tué: si l'on s'habitue à cette idée, on deviendra "un chevalier sans peur, un outil de guerre dévastateur" (p. 943). Une fois appréhendé, s'il survit à l'opération, le chevalier devra utiliser son procès comme une scène pour parler au monde et apportera une contribution par son statut de martyr vivant; et même mort, un chevalier restera dans les mémoires pour des siècles (p. 948).



Il faudra surveiller le procès de Breivik avec attention pour voir s'il fera ce qu'il a écrit. Cela ne manque pas de culot, il faut le dire...



Breivik se penche aussi sur l'attitude à adopter lors d'un procès, si le combattant est arrêté après une opération réussie. Il sera intéressant de voir s'il appliquera cette tactique: si tel est le cas, il contestera l'autorité même des gouvernements en place, considérés comme un "réseau criminel global" (p. 1107). Il sait que cela vaudra à l'accusé d'être ridiculisé, mais il ne doit pas se démonter et continuer à soutenir sa cause avec le plus grand sérieux: "Ils riront aujourd'hui, mais au fond d'eux, ils ont un peu de peur, de respect et d'admiration pour notre cause [...]." Le procès doit être utilisé "comme une plateforme pour l'avancement de notre cause" (p. 1108).

 

 Je n'ai posé que la première partie de l'analyse pour que vous lisiez la suite sur le site de Mr Jean-François Mayer. Elle est longue mais passionnante. On y découvre un individu froid, déterminé, mais malgré tout intelligent et en même temps il donne l'impression de s'être créé un personnage fictif à qui il a donné vie. Et quand on voit la photo parue aujourd'hui, avec ce sourire en coin, et son regard fixe, on comprend aussi qu'il a réalisé son rôle de fou meurtrier et que ça l'amuse...

 







 

 

 

 

 

Attentats en Norvège: idéologie et motivations du terroriste

  

par Jean-François Mayer

  

  

"Néo-nazi"? "Chrétien fondamentaliste"? Ce sont certaines des étiquettes qui ont été appliquées à l'auteur des dévastateurs attentats commis en Norvège le vendredi 22 juillet 2011. Mais ni l'une ni l'autre de ces désignations ne sont adéquates: grâce aux documents rédigés par Anders Behring Breivik, nous pouvons nous faire une idée plus précise des convictions de cet homme aux convictions d'extrême-droite (il se décrit lui-même comme "conservateur"), anti-musulman, pro-israélien, franc-maçon et "chrétien culturel". Et, surtout, un homme à deux visages, jusque dans sa propre mouvance politique.

 

 

 

Les prises de position publiques de Breivik

 

 

 

Grâce aux nouveaux outils de communication qu'offre Internet, nous avons accès à deux sources pour cerner les convictions d'Anders Behring Breivik (né en 1979). D'une part, les commentaires qu'il a publiés sur le site norvégien Document.no: les responsables de ce site ont rassemblé en un seul document tous les messages de Breivik. D'autre part, le manifeste qu'il a envoyé à des milliers de correspondants juste avant de commettre les attentats, un volumineux document rédigé en anglais et qui circule maintenant largement.

Dans ses messages sur Document.no, Breivik présente une face strictement politique: aucun appel à la violence. En revanche, le manifeste, intitulé 2083. A European Declaration of Independence, présente de façon élaborée un projet de terrorisme et de prise du pouvoir par la force. Breivik était parvenu à maintenir une image publique qui ne permettait pas de soupçonner ce qu'il allait préparer. Et cela relevait chez lui d'une démarche mûrement réfléchie: il lui fallait à tout prix éviter, jusqu'au jour fatidique, d'attirer l'attention des services de sécurité. Nous ne trouvons donc pas ici face à une personne qui aurait subitement décidé de choisir la violence par suite d'un événement personnel, mais bien d'une stratégie de dissimulation découlant des contraintes d'un combat clandestin.

Nous allons commencer par la "face publique", c'est-à-dire par le message politique diffusé par Breivik sur le site Document.no. Car, la violence en moins, ce message se situe en continuité par rapport à ce qu'il nous dit dans son manifeste. Breivik est convaincu que l'on ne peut tout dire à un large public, mais qu'il faut aider les éléments plus modérés à prendre conscience des dangers et de la nécessité d'une réaction.

 

 

 

La suite sur Terrorisme net

 

Posté par Adriana Evangelizt

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