La diplomatie nucléaire d’Obama

Publié le par Adriana EVANGELIZT

 

 

 

La diplomatie nucléaire d’Obama

 

 

 

Par Pascal Boniface, directeur de l’IRIS*

 

 

 

L’actualité stratégique récente a été placée sous le signe de la diplomatie nucléaire, tant sur le plan bilatéral américano-russe que sur le plan multilatéral. Sur les deux dossiers, Barack Obama a remporté des succès diplomatiques qui peuvent lui être bénéfiques sur le plan intérieur.

 

Moscou et Washington ont signé un accord de réduction des armements nucléaires. Si l’on s’en tient uniquement à une approche mathématique, la réduction n’est pas réellement significative ; les deux puissances vont conserver 1 750 têtes nucléaires chacune, la réduction porte sur quelques 5 % à 10 % de leurs arsenaux. Elles conservent de quoi, non seulement se détruire plusieurs fois réciproquement, mais également faire sauter la planète. Mais au-delà des chiffres, ce qui compte c’est le climat. Et là il y a un changement considérable et bienvenu. En rupture avec la politique de son prédécesseur, Barack Obama cesse de traiter la Russie comme un pays vaincu de la Guerre froide et un pays rival, pour ne pas dire ennemi. Il en fait un partenaire. Les armes nucléaires sont le seul secteur dans lequel Moscou peut encore prétendre être à parité avec les Etats-Unis. Barack Obama leur donne cette concession psychologique importante, fait chemin arrière par rapport à la course aux armements inutiles que voulait poursuivre George Bush. Cela permet ainsi d’obtenir un soutien russe sur d’autres dossiers à venir, dont notamment le programme nucléaire iranien. Il reprend le chemin du processus de désarmement. Evidemment, un monde sans arme nucléaire, perspective qu’il avait dressé à Prague un an auparavant, est encore ultra hypothétique et lointaine. Du moins renonce-t-il à reprendre la course aux armements nucléaires dans laquelle George Bush s’était engagé. Faut-il rappeler que sous sa présidence, les Etats-Unis avaient dénoncé le traité SALT 1 conclu en 1972. A ce jour, les Etats-Unis, avec la Corée du Nord, qui a dénoncé le TNP en 1993, sont le seul pays à avoir rompu avec un accord de désarmement.

Le sommet nucléaire qui s’est tenu à Washington sur le terrorisme nucléaire avait une autre signification. Barack Obama a déclaré que désormais, la principale menace n’était pas l’attaque par un pays ennemi mais une arme atomique aux mains d’un groupe terroriste. Certes, on voit mal dans quelles conditions aujourd’hui, Pékin, Moscou ou Washington pourraient se livrer une guerre nucléaire. Cette perspective, déjà plus que faible lors de la Guerre froide, du fait même de la logique de la dissuasion, est durablement éloignée. Mais l’idée de voir un groupe terroriste se doter d’armes nucléaires relève également de la spéculation intellectuelle ou du scénario hollywoodien, et non pas de la réalité stratégique. On se rappelle que c’est pour lutter contre cette perspective que George Bush avait lancé la catastrophique guerre d’Irak en 2003. Barack Obama se mettrait-il dans les pas de George Bush ? Non puisque s’il met de façon inexacte cette menace au premier rang de ses priorités stratégiques, alors que la réponse de George Bush était militaire et unilatérale, il veut y apporter une réponse diplomatique et multilatérale. Il s’agit surtout de conforter l’opinion publique américaine qui est sensible à cette menace, fut-elle inexistante, et de montrer que le nouveau cours de la politique d’Obama est une façon plus efficace de lutter contre le terrorisme, menace à laquelle le public américain est toujours très sensible, que celle engagée par George Bush. Barack Obama essaye ainsi de tirer un bénéfice politique dans la perspective des élections de novembre 2010. Il y a deux mois, tout le monde pensait que Barack Obama était en panne, englué dans sa réforme de la santé sur le plan intérieur, et n’ayant obtenu aucune satisfaction sur le plan stratégique.

*Il vient de publier "Comprendre le monde" aux éditions Armand Colin.

 

Sources IRIS Affaires Stratégiques

 

Posté par Adriana Evangelizt

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