Washington, le vrai donneur d’ordres

Publié le par Adriana EVANGELIZT

 

 

Washington, le vrai donneur d’ordres

 

 

par Bruno Odent

 

 

Barack Obama s’est adressé directement aux Égyptiens, soucieux de préserver quoi qu’il arrive l’influence de Washington sur l’Égypte, relais majeur de la politique US dans la région.

 

Les États-Unis feront tout pour conserver la mainmise sur l’Égypte même si la pression du soulèvement populaire les place sur la défensive. Le pays constitue une plate-forme géostratégique clé au Moyen-Orient, car il est à la fois l’un des principaux axes de passage du commerce mondial avec le canal de Suez et un soutien politique majeur à côté d’Israël dans la région. Le régime qu’ils ont installé depuis le début des années soixante-dix après la mort de Nasser tangue de toutes parts.

 

Veiller à ne pas perdre le contrôle sur le pays tout en donnant le change aux manifestants. C’est tout le sens de l’allocution de Barack Obama, mardi soir, quelques heures seulement après le discours de Moubarak signifiant qu’il n’était pas prêt à quitter le pouvoir avant la fin de son mandat à l’automne.

 

La forme prise par l’intervention d’Obama révèle la dimension urgente qu’a prise la question aux yeux de la Maison-Blanche mais éclaire aussi, ce faisant, la réalité de l’état de subordination totale du régime égyptien aux États-Unis. Le président Obama s’est adressé en effet directement aux Égyptiens, sur un ton rappelant le « Je vous ai compris » de 
De Gaulle, marquant un épisode célèbre de l’histoire de la France coloniale poussée dans ses retranchements. « Je veux, a souligné Obama, me montrer clair à l’égard du peuple d’Égypte et en particulier de sa jeunesse : nous avons entendu votre voix. »

 

Moubarak, qui faisait donner hier ses sbires contre les manifestants au Caire, apparaît ainsi encore plus crûment pour ce qu’il est : une marionnette de l’hyperpuissance. Ce n’est pas dans les allées du palais du dictateur égyptien que les vraies décisions sont prises mais bien à Washington.

 

Acculée, la diplomatie US met en avant le concept ambigu de « transition ». Celle-ci « doit être profonde, pacifique et commencer maintenant », a martelé le président des États-Unis. Il réussit ainsi le tour de force de prendre ses distances avec le despote qui s’accroche tout en prenant la précaution de ne pas le désavouer explicitement.

 

Des signaux sont envoyés en parallèle à ceux qui manifestent pour l’instauration de la démocratie. Mais le passif est très lourd au sein d’une opinion publique égyptienne, hostile de longue date à la politique de l’Oncle Sam en Irak ou en Palestine. D’où la volonté de ne pas abandonner des relais plus traditionnels au sein du régime.

 

Parmi eux, il y a l’armée, un pilier du système, l’une des plus importantes forces militaires du Moyen-Orient. Ses plus hauts gradés savent ce qu’elle doit à la « générosité » de Washington qui l’a « subventionnée » l’an dernier à hauteur de quelque 1,3 milliard de dollars (1 milliard d’euros). De quoi se garantir d’une « neutralité » revendiquée qui l’a conduite hier à regarder faire sans réagir les hommes de main de Moubarak.

 

Autre joker dans la manche de Washington : il a imposé à Moubarak qu’il crée un poste de vice-président et qu’il y nomme aussitôt Omar Souleiman. Un homme qui est l’un des principaux artisans de la mise sous influence de l’Égypte. Bien connu de la CIA, il a géré tous les dossiers sensibles, celui du conflit israélo-palestinien comme celui de la lutte contre l’islamisme, jouant un rôle lige dans l’affaire des transferts illégaux de prisonniers présumés terroristes (des États-Unis vers les prisons égyptiennes) où ils ont été débriefés de façon très spéciale par ses services. Un homme de toute confiance...

 

Sources L'Humanité

 

Posté par Adriana Evangelizt

Publié dans LES HOMMES DE LA BÊTE

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