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OPUS DEI

L'Opus Dei sort de l'ombre

Par Pierre Abramovici




Cette association de laïcs, fondée en 1928 par le prêtre Josémaria Escrivá, est obligée d'exercer sa mission clandestinement, dans une Espagne en pleine guerre civile. Ce n'est qu'à la nomination de Jean-Paul II, en 1978, qu'elle va apparaître au grand jour. Voici comment.


L'Opus Dei, l'Œuvre de Dieu, est sans doute l'un des mouvements religieux qui fascine le plus. C'est certainement celui qui a été le plus étudié, sur lequel le plus d'enquêtes, souvent à charge, ont été publiées. « Sainte Mafia » pour certains, pieuvre tentaculaire pour d'autres, organisation sectaire mystérieuse voire secte tout court, l'Opus Dei est d'abord une institution officielle de l'Eglise catholique. Elle a réussi en très peu de temps à exister puis à se faire reconnaître et, diront certains, à infiltrer les principaux rouages du Vatican. Pour preuve, l'extraordinaire rapidité avec laquelle l'Eglise a procédé à la béatification (le 17 mai 1992), puis à la canonisation (le 6 octobre 2002) de son fondateur Josémaria Escrivá de Balaguer (1902-1975). Un seul siècle aura suffi à cet homme pour faire de son mouvement l'un des centres de pouvoir les plus importants de l'Eglise catholique.

Ordonné prêtre le 28 mars 1925, Escrivá est nommé dans une paroisse rurale proche de Saragosse. Le 2 octobre 1928, rapporte François Gondrand, ex-porte-parole de l'Opus Dei, dans une interview pour France 3 (1996), il a une vision : « Il voit des millions d'hommes et de femmes, répartis sur la terre dans tous les milieux sociaux, qui essaient de se sanctifier dans leur vie ordinaire, à partir de leurs occupations ordinaires. Des hommes et des femmes qui ne sont pas des religieux. Il y a quelques prêtres parmi eux, mais une majorité de gens laïques, fidèles courants, qui ont une profession et qui essaient d'aller à Dieu, avec une vocation véritable. » C'est la date officielle de création de l'Opus Dei qui correspond à la réalité politique du moment : les catholiques doivent exercer leur foi, sans être visibles, dans la foule, anonymes, simplement parce que dans l'Espagne de l'époque l'anticléricalisme est trop fort. Escrivá réfléchit à une nouvelle manière d'exercer dans une sorte de clandestinité laïque. Il n'envisage pas de créer un ordre religieux mais un mouvement catholique à destination des laïcs dans lequel certains vivront leur foi, sans uniformes, célibataires et chastes, comme des prêtres civils.

En 1931, la République est proclamée en Espagne. Elle va s'accompagner d'une immense vague d'anticléricalisme, bien plus violente qu'auparavant. Des foules déchaînées attaquent et brûlent couvents, séminaires et églises. L'année suivante, le général Sanjurjo, chef de la Guardia Civil (police à statut militaire) tente un coup d'Etat d'inspiration fascisante. Le putsch, mené avec des jeunes étudiants et des cadets des écoles militaires, échoue. A cette occasion, Escrivá apparaît pour la première fois publiquement. Pendant plusieurs semaines, il visite les putschistes emprisonnés.

La rumeur court dans les milieux catholiques que des jeunes liés au prêtre ont participé au putsch. Les jeunes gens qui fréquentaient Escrivá à l'époque étaient évidemment politiquement engagés, comme ils le seront plus tard, lors de la guerre civile, en politique et militairement au côté du général Franco. Selon l'Opus Dei, « il les encourageait à prendre leurs responsabilités dans le sens où ils voulaient », mais en même temps, il était là pour « leur donner une formation chrétienne », ajoute François Gondrand. En somme, il était une sorte de « confesseur » pour jeunes putschistes d'extrême droite. L'épisode Sanjurjo, prélude à la guerre civile espagnole, sera le seul engagement politique public connu d'Escrivá. Par la suite, son soutien, notamment à la « croisade » franquiste ou au régime chilien de Pinochet, sera toujours marqué du sceau officiel de la spiritualité.

Faisant fi des décisions prises par le gouvernement républicain dans les derniers mois de 1933, comme celles de fermer les écoles religieuses ou d'interdire aux prêtres de diriger une école, Escrivá en ouvre une, à Madrid. Selon l'Opus Dei, cette école, l'Académie DYA (Droit et architecture) n'est pas en infraction avec la loi parce qu'il s'agit d'une sorte de centre de formation professionnelle où, accessoirement, est donnée une formation spirituelle. Anonyme, presque clandestine, elle forme ce qui deviendra le noyau dur de l'Opus Dei.

En 1936, le Frente Popular gagne les élections. La guerre civile et son cortège d'horreurs vont commencer : 17 évêques sont fusillés et 3 000 prêtres tués. Escrivá, pour échapper à la mort, passe à la clandestinité : il se cache dans un asile psychiatrique où il « feint d'être fou », puis à l'ambassade du Honduras où, curieusement, il obtient l'immunité diplomatique. Fort de ce statut, il fuit avec un petit groupe de fidèles, baptisés par dérision les « apôtres », à Burgos, en zone franquiste. Ses partisans s'engagent contre la République et, selon un ancien de ses membres, tenteront, fin 1941, de s'enrôler dans la División Azul pour combattre les communistes avec l'armée allemande sur le front de l'Est. En 1938, il parle de « cauchemar communiste ». A la même époque, le prêtre fait publier un petit fascicule d'aphorismes religieux, sa « Bible », baptisée Camino (chemin). Le « petit livre rouge d'Escrivá » sera dans les poches de millions de catholiques dans les années à venir, y compris dans celles de Karol Wojtyla, le futur pape Jean-Paul II.

La guerre se termine par la victoire franquiste. Selon l'hagiographie officielle « une sainte impatience conduisit l'abbé Escrivá à rejoindre la capitale avec le premier convoi militaire qui entrait dans la ville. Il était le premier prêtre à y revenir, le 28 mars 1939. » Une photographie diffusée (encore aujourd'hui) par l'Opus Dei le montre dans les ruines de son école avec, à ses côtés, son frère et un membre de l'Œuvre en uniforme d'officier de l'armée franquiste. Deux autres hommes vont jouer un rôle essentiel dans l'expansion de l'Opus Dei. Le premier s'appelle José Maria Alvareda, un disciple d'Escrivá. Il lui permet de rencontrer tous les hommes de pouvoir de l'après-guerre, notamment José Ibáñez Martín, futur ministre de l'Education du général Franco, qui obtient, en 1943, le retour de l'Église dans l'école : les hommes d'Escrivá vont pouvoir ainsi participer à l'éducation de plusieurs générations de jeunes. Ibáñez Martín crée ensuite le Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSRS) qu'il confie à son ami Alvareda - c'est-à-dire à l'Opus Dei - qui le dirigera trente ans. En accordant aux étudiants les plus brillants des bourses, notamment pour leurs études à l'étranger, le CSRS devient une pépinière pour recruter de jeunes chercheurs et des professeurs : c'est par eux que l'Œuvre de Dieu va investir le monde universitaire.

Le second homme clé est l'archevêque de Madrid, Mgr Leopoldo Eijo y Garay, qu'Escrivá connaît bien. En 1941, il accorde à l'Opus Dei son approbation diocésaine, première étape vers un statut juridique. A cette occasion, on peut lire dans une note de la main d'Escrivá que les statuts de la toute nouvelle « Pieuse Union de fidèles » seront classés « dans (nos) archives secrètes ».

Alors que le général Franco consolide son régime, les jésuites, qui se sentent menacés sur leur créneau traditionnel de l'éducation, commencent à mener une campagne agressive contre l'institution et dénoncent, les premiers, le caractère secret de l'Œuvre. Le 11 octobre 1943, l'Opus Dei obtient de Rome le statut de « société de droit diocésain » (ce qui lui permet d'ordonner des prêtres) et, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Œuvre s'implante, d'abord au Portugal, en Angleterre et en Italie en 1945, puis en France et en Irlande en 1946, et dans le reste du monde. L'un des trois premiers prêtres ordonnés par l'Opus Dei, Alvaro del Portillo, est envoyé au Vatican.

Si l'accueil de la curie est dans l'ensemble « mitigé », il n'en va pas de même du pape Pie XII. Le souverain pontife lui accorde une attention d'autant plus bienveillante qu'il est sensible à la fois aux origines espagnoles et au conservatisme de l'Œuvre. Le 24 février 1947, le Saint-Siège accorde sa première approbation pontificale. L'Œuvre devient ainsi le premier institut séculier : une société de laïcs tendant « à la perfection chrétienne et se donnant totalement à l'apostolat ». Chacun doit prononcer les voeux de chasteté, pauvreté et obéissance. Le voeu de pauvreté signifie que les membres gardent leurs biens mais n'en disposent que sous le contrôle de leurs supérieurs et d'une façon limitée, d'où les fâcheuses rumeurs sur les moeurs financières de l'organisation. Le Vatican insiste particulièrement sur le statut séculier (dans le monde) de l'Opus Dei par opposition aux ordres religieux. Ce qui va entretenir encore davantage la réputation de secret qui s'attache à l'Œuvre.

Reste le problème spécifique des prêtres, ceux qui veulent entrer dans l'institution et les adhérents qui souhaitent devenir prêtres. Pour ces derniers, Escrivá répond qu'ils doivent renoncer « plus ou moins » à leur profession et suivre des études de théologie. De sorte qu'ils deviennent « médecin-prêtres, avocats-prêtres, ouvriers-prêtres ». Bien que minoritaires, ceux-ci apparaissent comme une anomalie dans ce mouvement de laïcs. Pourtant, ils en constituent le pouvoir réel. En tout cas, il existe depuis 1943 une structure spéciale pour eux : la Société sacerdotale de la Sainte-Croix. En tant qu'institut séculier, l'appellation officielle de l'organisation sera d'ailleurs « Société sacerdotale de la Sainte-Croix et Opus Dei ». Son état-major se trouve toujours au 75, via Bruno Buozzi à Rome.

En 1950, son approbation définitive recueille le soutien de 12 cardinaux, 26 archevêques et d'une centaine d'évêques dont tous les évêques espagnols. Dans les structures de l'Eglise romaine, l'Opus Dei est placé sous la même autorité que la Compagnie de Jésus qui va, dès lors, devenir son principal adversaire. Escrivá parlera d'« une organisation puissante qui s'est attachée à travestir ce qu'elle ignorait ».

En 1957, le prêtre obtient du pape la gestion de la prélature de Yauyos au Pérou, le pays aujourd'hui encore le plus important pour l'Opus Dei en Amérique latine, en tout cas par le nombre de ses évêques. C'est le début de son implantation en Amérique latine. Mais l'Europe de l'Est le préoccupe aussi. Il y tissera des liens notamment, via le cardinal-archevêque de Vienne Mgr König, avec un jeune prélat polonais encore inconnu, Karol Wojtyla. Cette année est également marquée, par la présence d'un de ses membres dans un gouvernement espagnol. Ceux que l'on va appeler les technocrates arrivent au pouvoir. Ils seront bientôt dix et resteront quinze ans en place, pendant lesquels l'Espagne va devenir un pays moderne, ouvert sur l'extérieur. Sa modernisation et son ouverture sur le monde seront portées au crédit de l'Opus Dei. L'Œuvre, qui défend la monarchie, type de société agréée par Dieu, participe à l'établissement sur le trône du jeune Juan Carlos, éduqué par un certain nombre de ses membres, notamment Laureano López Rodó, l'un des premiers technocrates au pouvoir. A la mort de Franco, le 20 novembre 1975, Juan Carlos devient roi d'Espagne.

L'Opus Dei poursuit son développement. Discret, il n'avoue que quelques dizaines de centres un peu partout dans le monde, mais on parle en sous-main de plusieurs dizaines de milliers de membres et de centaines de milliers de sympathisants. En tout cas, sa stratégie reste la discrétion sinon l'opacité la plus totale sur ses activités, son financement et le nombre de ses fidèles.

Le 11 octobre 1962, Jean XXIII convoque le concile oecuménique Vatican II - qui se terminera avec Paul VI en 1965. Escrivá tente à cette occasion de persuader le pape de lui accorder un nouveau statut « plus conforme » : la prélature nullius. Un concept inventé au cours du concile qui signifie l'autonomie par rapport aux évêques diocésains. Jean XXIII refuse. Son successeur, Paul VI, en fait autant. Mais, l'Opus Dei dispose désormais d'appuis considérables au sein de la curie romaine.

Son expansion en Amérique du Sud s'organise. En 1974, Escrivá se rend au Brésil, en Argentine, au Chili, au Pérou, en Equateur et au Venezuela. Il s'agit naturellement d'une « visite pastorale », pas d'un soutien politique, mais sa présence à Santiago, six mois après le coup d'Etat de Pinochet, fait débat et apparaît comme un soutien sinon aux militaires, en tout cas aux membres de l'Opus Dei qui font partie de l'entourage politique, religieux et économique de la junte. L'Œuvre remplace peu à peu les jésuites auprès des bourgeoisies locales affolées par le soutien de jeunes prêtres au mouvement révolutionnaire, la Théologie de la libération de la fin des années 1960.

En Europe, c'est logiquement vers l'Est, là où les tensions entre l'Eglise et ses adversaires sont les plus fortes, que l'Opus Dei se tourne. Via l'ambassadeur d'Espagne en Autriche, membre de l'Œuvre, et Mgr König, archevêque de Vienne, l'Opus Dei entretient les meilleures relations avec Mgr Karol Wojtyla, archevêque de Cracovie. Ces relations prennent un tour plus officiel dès avril 1972 quand une revue de l'Opus Dei, Studi Cattolici, publie un premier entretien avec le prélat polonais. Elles se poursuivent le 13 octobre 1974 quand il tient une grande conférence au Centre romain de rencontre sacerdotale (CRIS) qui sera, selon certains, le siège de la stratégie de pénétration de l'Opus Dei au Vatican après le concile.

En 1978, à la veille du conclave qui va le désigner pape (grâce à l'appui de certains des plus influents sympathisants de l'Opus Dei, notamment Mgr König), Karol Wojtyla va prier sur la tombe d'Escrivá de Balaguer, au siège romain de l'Œuvre. Longtemps niée, cette relation est finalement reconnue par Pilar Urbano, membre de l'Opus Dei et biographe d'Escrivá, au cours d'un entretien avec celle-ci en 1996 : « Lorsque le cardinal Wojtyla entra au conclave, il avait, à l'intérieur de la calotte qu'il tenait à la main, une petite reproduction de la prière privée adressée à Escrivá de Balaguer [...] Il lui vouait une sincère dévotion. » Une fois élu pape, des photos le montrent encadré par les prélats les plus sympathisants de l'Opus Dei. Cela suffira à accréditer l'idée d'un rôle joué par l'Opus Dei dans son élection.

Escrivá, surnommé « el Padre » (le Père), nommé par le pape, prélat de Sa Sainteté, et par Franco, marquis de Peralta, meurt le 26 juin 1975. Il laisse dans son pays un mouvement puissant, présent dans toutes les strates de la société, possédant une université moderne (en Navarre) et le sanctuaire de Torreciudad consacré à la Vierge Marie. On découvre à cette occasion que l'Opus Dei - qui n'est pas déclaré comme institution religieuse auprès du ministère des Cultes (il ne le sera qu'en 1982), a réuni 3 milliards de pesetas (soit 20 millions d'euros mais, compte tenu de l'inflation, sans doute près de 100 millions d'euros) grâce à des fonds privés. L'Opus Dei est pauvre mais ses membres sont riches !

Au Vatican, le pouvoir de l'Œuvre se renforce. Le 15 novembre 1978, Jean-Paul II, à l'occasion du 50e anniversaire de l'organisation, écrit qu'« il est nécessaire de résoudre la question du système juridique de l'Opus Dei ». Le 23 avril 1979, Alvaro del Portillo, le successeur d'Escrivá, envoie au cardinal Baggio, préfet de la Congrégation des évêques et principal soutien de l'Opus Dei au Vatican, un mémorandum de douze pages.

Pour la première fois, un dirigeant de l'Œuvre de Dieu donne des chiffres précis : 72 375 personnes de 87 nationalités sont membres, dont 2,1 % de prêtres. Ensuite, il résume l'utilité politique de l'Opus Dei à travers la proposition d'un nouveau statut juridique fondé en partie sur l'indépendance à l'égard des diocèses. Le Saint-Siège, écrit-il, pourrait « avec une plus grande efficacité disposer d'un corps mobile de prêtres et de laïcs (soigneusement préparés) qui seraient partout un puissant ferment spirituel et apostolique de vie chrétienne ; et ceci, avant tout, dans le domaine de la société et dans la vie professionnelle où il n'est pas souvent facile de travailler d'une manière apostolique décisive avec les moyens dont dispose aujourd'hui l'Eglise ». Il précise qu'il s'agit d'« un apostolat de pénétration ».

L'Opus Dei, qui se définit comme la « Milice » de Dieu, est en marche, précisément au moment où la presse européenne s'intéresse aux structures encore opaques de l'Œuvre. Les Constitutions internes « secrètes », qui resteront en vigueur jusqu'en 1982, sont publiées. Elles révèlent que, depuis 1950, les fidèles « doivent garder un silence prudent en ce qui concerne les noms des autres membres. Ils ne révèlent à personne qu'ils appartiennent à l'Opus Dei ». La notion de « corps mobile », préconisée par l'Opus Dei, renvoie à l'idée d'infiltration des sociétés par une inquiétante organisation conservatrice qui avancerait à visage masqué. Une série de scandales politico-financiers met en cause des personnalités importantes du mouvement en Espagne (affaires Rumasa, Matesa). L'Opus Dei se défend mal. Ses arguments sont simples : ce sont des membres qui sont impliqués dans les affaires, qui font de la politique ; en aucune manière, l'Opus Dei, en tant qu'institution, n'est concerné.

Les accusations fleurissent, étayées notamment par les témoignages d'anciens fidèles qui stigmatisent, outre ses positions politiques, un comportement sectaire lié notamment aux mortifications (port du cilice, flagellation, etc.), une tradition de l'Eglise ancienne mais largement dépassée dans le monde moderne. Egalement dénoncée, la pratique obsessionnelle de la confession qui oblige à se confesser uniquement auprès des prêtres de l'Œuvre. Ils racontent que chaque semaine, d'une manière assez proche de celle des anciens communistes, les membres doivent faire un rapport secret au chef de la maison ou du centre local de l'Opus Dei.

Enfin, ils évoquent des pressions sur les jeunes, le recrutement avant la majorité, le contrôle masqué d'écoles et de centres de formation. Le scandale éclate mais le pape n'en a cure. En 1982, il érige l'Opus Dei en « prélature personnelle », ce qui signifie que son chef devient une sorte d'évêque mondial dont dépendent exclusivement les membres de l'Œuvre, sous l'autorité directe du pape, sans passer par l'évêque local. L'Opus Dei a gagné, la « Milice » se met en marche.

En Amérique latine, Jean-Paul II se montre irrité par la politique de la Théologie de la libération (d'inspiration marxiste), responsable de désordres dont est victime l'Eglise. Son voyage au Nicaragua, en mars 1983, est un échec, le premier et le seul qu'il subira en terre chrétienne. Il est empêché de parler par une foule hostile. L'affront est insupportable. Le Vatican tranche. La Théologie de la libération est condamnée. Peu après, à Santiago, au Chili, un front ultra-conservateur permet à l'Opus Dei et à ses alliés locaux de prendre le contrôle de la Conférence des évêques latino-américains (Celam) mais n'aboutit finalement pas à une interdiction totale de la Théologie de la libération. Certains y voient une preuve de faiblesse. Néanmoins, l'Opus Dei reste très puissant en Amérique latine. Le pape y nomme le premier cardinal de l'Œuvre, Mgr Cipriani.

Désormais l'Opus Dei cristallise toutes les oppositions à l'Eglise de Jean-Paul II, jugée trop autoritaire, réactionnaire et dirigiste. En 1988, à Coire en Suisse, des catholiques, hostiles à l'évêque nouvellement nommé, jugé trop conservateur et proche de l'Opus Dei, manifestent et se couchent par terre en vertu d'un vieux principe qui veut qu'un prêtre empêché ainsi d'entrer dans son église démissionne. Ce ne sera pas le cas, mais l'Opus Dei sera désormais la cible de la contestation à Jean-Paul II tant il est vrai que l'Œuvre apparaît bien comme l'un des éléments essentiels de la stratégie du Vatican. Le pape continuera jusqu'à sa mort à multiplier les gestes en faveur de l'Opus Dei.

Pour la première fois, le nouveau prélat, Xavier Echevarria, est ordonné évêque ; d'autres nominations suivront, notamment en Amérique latine, considérées par l'Œuvre comme marginales : 20 évêques dont deux cardinaux, sur les 4 500 prélats que compte l'Eglise. Son poids « politique » est évident quand on voit sa représentation dans les congrégations. L'Œuvre s'est fait une spécialité de la conception chrétienne de la bioéthique, rejette l'avortement, la contraception (autre que l'abstinence), l'homosexualité. Lors du procès en béatification du fondateur de l'Opus Dei, la quasi-totalité de l'épiscopat mondial s'est prononcée en sa faveur. L'Œuvre a réussi sa quête de reconnaissance : elle est devenue une institution puissante de l'Eglise catholique.

La symbolique

Fouet à huit lanières et cilice sont mis en avant dans le Da Vinci Code, roman de Dan Brown traduit en plus de 40 langues et vendu à 40 millions d'exemplaires à travers le monde. La prélature de l'Opus Dei en France a choisi de répondre le 28 avril 2006 : "Dans le domaine de la mortification, l'Opus Dei met l'accent sur les petits sacrifices discrets, conformément à son idéal de sanctification à travers la vie ordinaire. Les mortifications privilégiées par les membres de l'Opus Dei consistent, par exemple, à persévérer dans le travail malgré la fatigue, à affronter avec bonne humeur les contrariétés, à se priver discrètement de certaines satisfactions. [...] La description du cilice et de la discipline dans le Da Vinci Code est totalement extravagante."

Repères

1925
28 mars : Josémaria Escrivá est ordonné prêtre.
1928
L'Opus Dei est officiellement fondé par Josémaria Escrivá.
1933
Le premier centre, appelé DYA, est ouvert à Madrid.
1941
Mgr Leopoldo Eijo y Garay, archevêque de Madrid, accorde à l'Opus Dei son approbation diocésaine.
1947
24 février :
le Saint-Siège accorde sa première approbation pontificale.
1982
Le pape Jean-Paul II érige l'Opus Dei en prélature personnelle.
1992
Béatification de Josémaria Escrivá, place Saint-Pierre à Rome.

Comprendre

Les rouages
L'Opus Dei comprend quatre catégories de membres : les numéraires (clercs ou laïcs célibataires, qui s'engagent à la pauvreté, la chasteté, l'obéissance et la vie commune), les agrégés (mêmes engagements, sauf la vie commune), les surnuméraires (laïcs qui vivent « dans le monde » mais contribuent financièrement), les coopérateurs (sympathisants). Il comprendrait près de 86 000 fidèles : 84 000 laïcs et 1 890 prêtres. En France, on dénombrerait 2 150 fidèles et coopérateurs dont 26 prêtres.Sans compter les sympathisants et autres non déclarés notamment dans l'épiscopat.
Dans le monde, l'Opus Dei dirige 150 écoles de formation professionnelle, 200 résidences universitaires et 5 universités.


La prélature
Dignité ecclésiatique accordée par le pape qui comporte une juridiction territoriale ou personnelle. La prélature nullius, soustrait son titulaire à la juridiction épiscopale.

La grandeur du petit boulon

Ainsi s'exprimait, en 1997, à la télévision un membre de l'Opus Dei : « Dans les plans de Dieu, il n'y a pas de place pour les médiocres. Il n'est pas pensable qu'un chômeur soit membre de l'Opus Dei, sinon, il ne resterait pas chômeur. » Leur idéologie peut se résumer à : « Ne sois pas... sot ; il est certain que ton rôle est, tout au plus, celui d'un petit boulon dans cette grande entreprise du Christ. Mais sais-tu ce que signifie un boulon mal serré, ou qui saute ? Des pièces plus importantes céderont, des engrenages tomberont, édentés. Le travail sera compromis. Il se peut que toute la machinerie soit inutilisable. Que c'est grand d'être un petit boulon. »
Cette idéologie, que l'on pourrait qualifier de confucéenne, veut installer un ordre hiérarchique social conforme à l'ordre divin supposé défini clairement par Escrivá : « Chaque pièce à sa place. » Le théologien belge Joseph Comblin, auteur de l'ouvrage Le Pouvoir en Amérique latine. L'Idéologie de la sécurité nationale (J.-P. Delarge, 1977) traduit ces propos : « Le chrétien se sanctifie par le travail. Le travail signifie pour l'Opus Dei l'exercice de la profession. Un chrétien est chrétien quand il se consacre à sa profession et y excelle. Cela et seulement cela. Cela se traduit par des conséquences fort simples : un banquier est chrétien quand il fait de bonnes affaires. Un riche est chrétien quand il devient encore plus riche. Cela rien que cela. » A contrario, un artisan est chrétien quand il est un bon artisan, un paysan quand il est un bon paysan, un ouvrier, etc. « En pratique, l'Opus Dei a surtout prêché cette pratique aux puissants. »

En complément

Les Secrets de l'Opus Dei, de Peter Hertel (éditions Golias, 1998).

Sources
Historia

Posté par Adriana Evangelizt




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Dimanche 22 juillet 2007 7 22 /07 /2007 17:48
- Par Adriana EVANGELIZT

Article interessant où l'on voit l'influence de l'Opus Dei au Pérou et notamment ses visées sur une des meilleures et des plus grandes universités du pays. Où l'on voit les voraces et les accros de l'appât du gain. Un riche donateur a légué son héritage à l'Universite or, l'Opus Dei veut que ce soit le cardinal qui gère cette donation. De quel droit ? L'Opus Dei oeuvre aussi dans le sens des diaboliques qui veulent installer le Nouvel Ordre Mondial. Cette secte après avoir infiltré le Vatican continue de propager son sectarisme et ses privations de liberté. Lire pour en savoir plus lire les articles sur Prevent Sectes... une secte qui elle aussi trahit l'Enseignement de Ieschoua.

PÉROU - “Bagarre” autour de « la Católica »,

 l’une des meilleures universités d’Amérique latine

par Pierre Rottet

L’Université catholique de Lima, la célèbre Católica, voit son autonomie menacée à terme car le cardinal Juan Luis Cipriani souhaiterait en prendre le contrôle. Il s’agirait d’une véritable régression. Le cardinal, membre de l’Opus Dei, organisme particulièrement présent au Pérou, est considéré comme un des plus farouches opposants des organismes de défense des droits humains. Ses prises de position ultra-conservatrices sont célèbres. Son attitude négative dans le respect des droits humains alors qu’il était archevêque d’Ayacucho, lieu particulièrement marqué par le conflit armé, avait même été dénoncée dans le rapport de la Commission de la vérité et de la réconciliation [1]. Article de l’Agence de presse internationale catholique (APIC), en date du 18 avril 2007.

Remous à l’Université catholique de Lima, « la Católica », qui a fêté 90 ans d’existence le 24 mars dernier. Des préparatifs perturbés par la volonté affichée de la puissante Opus Dei au Pérou de prendre le contrôle de cette institution, l’une des plus reconnues et réputées en Amérique latine.

Sous la houlette du cardinal péruvien Juan Luis Cipriani, archevêque de Lima, le mouvement catholique conservateur Opus Dei cherche en effet à prendre le contrôle de « la Católica » - nominations, comptabilité et enseignement - considérée comme un bastion de tolérance, selon des responsables universitaires et les observateurs neutres.

La polémique fait rage depuis un mois dans les médias entre partisans de l’Opus et défenseurs de « l’humanisme chrétien, de la tolérance et de la pensée critique » à l’origine de la fondation de la Pontificia Universidad Católica.

L’affaire a éclaté, lorsque le cardinal-archevêque de Lima, membre de l’Opus Dei, a refusé de célébrer la messe à l’occasion du 90e anniversaire de « la Católica » et même de lui prêter le parvis de sa cathédrale.

Derrière la polémique se cache en outre une histoire de gros sous. Il appartiendra du reste à la justice de trancher. Après 90 ans de bonne entente entre l’Église et « la Católica », l’Opus Dei a ressorti le testament pour un terrain d’un riche donateur, José Riva Agüero, décédé en 1944. Depuis, l’organisation conservatrice, puissante au Pérou, réclame devant la justice que le cardinal Cipriani puisse contrôler la gestion de l’Université.

Selon « la Católica », le testament autorise l’Université après vingt ans de fonctionnement à se diriger elle-même, tandis que l’entourage du cardinal revendique le contrôle de l’héritage.

Depuis sa fondation en 1917 par un prêtre français, George Dintilhac, et quatre laïcs, « la Católica » professe un esprit d’ouverture qui agace les puissants secteurs conservateurs de l’Église locale.

Pluralisme

Au point que le cardinal Cipriani, proche du pape Benoît XVI a lancé une offensive sur cette université progressiste. Avec ses 18’000 étudiants et 2’500 professeurs, « la Católica » est considérée comme l’une des meilleures du Pérou, voire d’Amérique latine.

« Mgr Cipriani a révélé son intérêt à contrôler les décisions de l’Université, c’est son objectif », a affirmé dans un entretien Marcial Rubio, le vice-recteur de « la Católica », cité par l’Agence France presse. Pour le moment, bien que Grand chancelier de l’Université, un poste consultatif, Mgr Cipriani ne peut rien lui imposer et surtout pas décider son orientation ou la nomination des professeurs.

Selon le quotidien La República, « la Católica » est depuis plusieurs dizaines d’années le principal centre universitaire du Pérou. « Il n’est pas exagéré d’affirmer que ses cours ont groupé et formé les intellectuels et les scientifiques les plus éminents du pays. Et si, il y a une vingtaine d’années, un vent de gauchisme soufflait sur l’institution, aujourd’hui règne un pluralisme sain aussi bien au niveau des étudiants que des professeurs. Mais voilà, pour le cardinal Cipriani, tout cela n’est qu’éclectisme décadent, autant d’atteintes aux valeurs catholiques ».

L’Opus Dei a de nombreux appuis notamment au sein du gouvernement : le ministre de la Production Rafael Rey a qualifié « la Católica » de repère d’enseignants « marxistes et de communistes » qui peuvent être divorcés ou homosexuels.

L’ombre de Fujimori

« La Católica a eu comme enseignant dans les années soixante, le père Gustavo Gutierrez », l’un des inspirateurs de la théologie de la libération, précise le vice-recteur Rubio. « C’est une personne très respectée, qu’il faut traiter comme un frère et pas comme un lépreux », a-t-il ajouté, en soulignant que « la Católica » « se sent plus proche des Universités européennes, espagnoles, françaises ou belges qui ont une vision sociale de la société que de celles des États-Unis ».

La polémique sur cette lutte de pouvoirs actuelle fait ressurgir l’hostilité entre Mgr Cipriani, proche de l’ex-président autoritaire Alberto Fujimori (1990-2000) et l’ancien recteur de « la Católica », le philosophe Salomon Lerner, défenseur acharné des droits de l’homme sous le mandat Fujimori.

Quant à l’Église péruvienne, elle a pris ses distances avec les projets du cardinal conservateur. Pour la Conférence épiscopale, c’est à la justice de trancher, puisque un tribunal a été saisi par les proches de Mgr Cipriani et que « la Católica » est résolue à aller s’il le faut jusqu’à la Cour constitutionnelle, plus haute juridiction suprême.

A noter que le pape Benoît XVI est docteur Honoris Causa de « la Católica » depuis 1986.


#  Dial – Diffusion d’information sur l’Amérique latine – D 2933. 
#  Source (français) :
Agence de presse internationale catholique (APIC), 18 avril 2007.

En cas de reproduction, mentionner au moins l’auteur, une des sources (Apic ou Dial) et l’adresse internet de l’article.

Notes

[1] Voir DIAL 2667, « PÉROU - Le rapport de la Commission de la vérité et de la réconciliation ».

Sources Alterinfos org

 

 

Les secrets de l'Opus Dei


Opus Dei : de saints ascètes voués à la défense d'une noble cause ? Ou des religieux fanatiques, des sectateurs sans scrupules, des froids calculateurs mafieux et assoiffés de pouvoir ?

Depuis plusieurs années, cette organisation secrète catholique est violemment critiquée. Mais peu d'informations filtrent sur la nature exacte de ses activités.

Après vingt ans d'investigation, le théologien et journaliste allemand Peter Hertel a réussi à briser le mur du silence, contre le gré des dirigeants de l'Opus Dei.

Dans ce livre, il présente des documents confidentiels qui éclairent d'un jour nouveau le fonctionnement de ce bataillon de choc, prélature personnelle du pape Jean-Paul II. Des documents très récents et pour le moins surprenants sur la censure, la flagellation, la séparation des hommes et des femmes ou l'enrôlement de jeunes dès l'âge de 14 ans, etc. L'auteur dévoile en outre l'existence de puissants réseaux politiques, économiques et financiers, de Paris à Tokyo, de Zurich à Manille et de Londres à Panama. Grâce à ses oeuvres collectives et à diverses fondations lui servant de paravent, la " Sainte Mafia " (c'est le surnom donné à l'Opus Dei en Espagne, son pays de naissance) parvient à infiltrer, entre autres, plusieurs organisations internationales (l'Union européenne et les Nations unies, par exemple).

Parallèlement, preuves à l'appui, Peter Hertel décrit l'irrésistible ascension de l'Opus Dei dans l'Église et au Vatican en particulier où elle occupe désormais de nombreux postes clés. Aujourd'hui l'influence de cette organisation secrète dans le gouvernement central de l'Église catholique est telle qu'elle pèse déjà dans la succession du prochain pape.

L'Opus Dei apparaît bel et bien comme le fer de lance de la restauration catholique impulsée par Jean-Paul II, depuis son élection comme pape, il y a vingt ans.

Sources Prevent sectes

Posté par Adriana Evangelizt

Posté par Adriana Evangelizt


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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /2007 16:40
- Par Adriana EVANGELIZT

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