Qui est Paul Wolfowitz ?

Publié le par Adriana EVANGELIZT

Bien que nous ayons déjà parlé de lui, nous ajoutons des articles avec quelques précisions. La première chose qu'il faut remarquer avec les hommes de la Bête, ce sont leurs points communs... le Sionisme et des postes importants au gouvernement étatsunien... ce qui est d'autant plus désastreux pour le monde... alors on notera que malgré son poste important, Wolfowitz se ballade avec des chaussettes trouées et que lorsqu'il sourit sa dentition laisse plutôt à désirer. Pour des hommes de cette importance, c'est quand même curieux...

  Admirez le sourire...

 

Qui est Paul Wolfowitz

 Tout en apparence mais dessous, c'est vraiment pas net !

 

Une des nominations les plus significatives du président George W. Bush est celle de Paul Wolfowitz au poste de secrétaire adjoint à la Défense, c'est-à-dire numéro deux derrière le ministre en titre, Donald Rumsfeld. Wolfowitz a près de trois décennies d'expérience dans la communauté de la défense et la stratégie. Il est proche d'Henry Kissinger et de Zbigniew Brzezinski ainsi que de différentes personnalités néoconservatrices.

Wolfowitz est actif dans les hautes sphères de l'American Enterprise Institute, la New Atlantic Initiative, la Rand Corporation, l'American-Israel Public Affairs Committee et le Washington Institute for Near East Policy. Au sein de ce dernier, il est le principal promoteur d'un rapport sur le Proche-Orient, destiné au nouveau gouvernement, dont le thème est la fin du « processus de paix d'Oslo » et l'attitude confrontationniste à adopter envers l'Irak et la Syrie. Les conclusions de ce rapport sont si extrémistes que plusieurs de ses rédacteurs ont publié des rapports dissidents. Pendant la guerre du Golfe en 1991, Wolfowitz vivait en Israël. C'est le mentor de Richard Perle de l'AEI, ancien haut fonctionnaire au Pentagone de l'ère Reagan-Bush, qui a toujours été favorable à une politique confrontationniste.

Au cours des années récentes, Wolfowitz a dirigé le House Policy Committee (HPC), groupe de réflexion des parlementaires républicains au Congrès, qui a formulé le rapport du « Cox Committee » sur la prétendue « menace chinoise » et dont le site électronique prône le « retour aux politiques des années Reagan-Thatcher ».

Wolfowitz a gagné en notoriété au début des années 90 alors que, déjà secrétaire adjoint à la Défense, il a supervisé un rapport stratégique du Pentagone, resté secret jusqu'à ce que le New York Times le publie dans son édition du 8 mars 1992. Certains détails ont été repris dans le Strategic Alert des 12 et 19 mars 1992. Selon Wolfowitz, avec l'effondrement de l'Union soviétique et la réunification allemande, les Etats-Unis « doivent maintenir le mécanisme permettant de dissuader les concurrents potentiels de vouloir aspirer à un rôle régional ou global plus étendu. (...) La mission politique et militaire de l'Amérique pour l'après-Guerre froide consistera à faire en sorte qu'aucune superpuissance rivale ne puisse émerger en Europe de l'Ouest, en Asie ou dans les territoires de l'ancienne Union soviétique. »

Le Strategic Alert écrivait : « La doctrine Wolfowitz est la composante militaro-stratégique d'une trilogie politique comprenant la doctrine Thornburgh dans le domaine du droit international, et la doctrine Webster pour ce qui concerne les opérations de renseignement. La première affirme que la loi américaine se situe au-dessus du droit international quand les intérêts vitaux, ou prétendus tels, des Etats-Unis sont en jeu, alors que la deuxième considère les alliés politiques et militaires des Etats-Unis comme des « concurrents économiques », et autorise des opérations de renseignement-espionnage contre le Japon, l'Allemagne, la France et d'autres pays industriels. »

Sources Solidarité et Progrès

Que doit franchement penser le soldat de ce criminel ?

 

 

par Éric Toussaint

 

La décision du président George W. Bush de nommer à la présidence de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, sous-secrétaire d’État à la Défense et un des principaux architectes de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de l’Iraq en 2003, a fait couler beaucoup d’encre en mars 2005. Avant cette décision, certains medias tels que le quotidien financier britannique Financial Times avait mené campagne pour que le dixième président de la Banque soit choisi pour ses compétences en matière de développement, de préférence parmi des citoyens du Sud. Le Financial Times avançait la candidature de Ernesto Zedillo qui a présidé le Mexique à la fin de années 1990. Le choix sans appel de George W. Bush en faveur de Paul Wolfowitz indique clairement qui dirige la Banque mondiale. Les 24 gouverneurs de la Banque ont entériné cette décision.

Mais qui est Paul Wolfowitz ? Il est un pur produit de l’appareil d’État des États-Unis. Il ajoute à une très longue expérience dans les sphères du pouvoir une courte carrière universitaire. Diplômé en mathématiques, il travaille, dès l’âge de 23 ans, pour le gouvernement au bureau du budget (1966-1967). En 1969, il travaille pour une commission du Congrès avec l’objectif de convaincre le Sénat de la nécessité de doter les États-Unis d’un parapluie anti-missile face aux Soviétiques. Il y réussit. Dès ce moment, Paul Wolfowitz s’engage à fond dans les questions de stratégie militaire. Un fil rouge dans sa réflexion stratégique : identifier des adversaires (URSS, Chine, Iraq...) et démontrer qu’ils sont plus dangereux que ce que l’on imagine afin de justifier un effort supplémentaire de défense (augmentation du budget, fabrication de nouvelles armes, déploiement plus important de troupes à l’étranger) allant jusqu’au déclenchement d’attaques ou de guerres préventives. Des guerres lancées pour contrer des menaces potentielles et non pas pour répondre à des attaques avérées et réelles.


Il enseigne
deux ans à l’université de Yale et obtient le titre de docteur en sciences politiques à l’université de Chicago en 1972, un des centres intellectuels de la réaction conservatrice [1]. Ensuite, durant quatre ans, il travaille à l’agence du contrôle des armes et du désarmement (1973-1977) en relation directe avec Bush père qui, à ce moment-là, dirige la CIA. Puis il entre directement au Pentagone en 1977 et y reste jusque 1980 au service du président démocrate Jimmy Carter. Il monte un dossier pour démontrer que les Soviétiques se dotent d’armes nucléaires nouvelles. Par la suite, il s’avère que les armes nouvelles supposées aux mains des Soviétiques sont largement des affabulations. Alors qu’il a travaillé pour un président démocrate, après avoir accompli un an de purgatoire comme professeur à l’Université John Hopkins, il réussit la gageure d’entrer au service du président Ronald Reagan en 1981. Il devient directeur du département de la planification au Département d’État. De 1983 à 1986, il dirige le secteur Asie de l’Est et Pacifique du département d’État sous Reagan. De 1986 à 1989, il est ambassadeur des États-Unis en Indonésie. De 1989 à 1993, il dirige la stratégie du secrétaire d’État à la Défense, Dick Cheney, dans l’administration de Bush père (1ère guerre du Golfe) pour devenir, après les deux mandats de Clinton, le sous-secrétaire d’État à la Défense partageant avec Donald Rumsfeld la direction des guerres contre l’Afghanistan et l’Iraq. Entre temps, pendant la présidence de William Clinton, de 1993 à 2001, il reprend une carrière universitaire en tant que doyen de la Paul Nitze School of Advanced International Studies (750 étudiants), partie prenante de l’Université John Hopkins. Il fait merveille en récoltant 75 millions de dollars pour financer la Paul Nitze School et travaille comme consultant d’une des principales firmes militaires au niveau mondial, la Northrop Grumman. En 1997, il participe à la fondation d’un groupe de pression néoconservateur appelé PNAC (Projet pour un nouveau siècle américain - Projet for a New American Century). En font également partie Donald Rumsfeld (actuel secrétaire d’État à la Défense), Dick Cheney (patron d’Halliburton à cette époque et actuel vice-président des États-Unis), Jeb Bush (frère de George W. Bush), Richard Perle, Robert Kagan. Dès 1998, le PNAC mène campagne pour que William Clinton lance une attaque préventive contre l’Iraq et contre les États potentiellement agresseurs.

Pendant la période 1983-1989 où Paul Wolfowitz est engagé dans la politique des États-Unis en Asie de l’Est, il soutient activement les régimes dictatoriaux. En effet, contrairement à l’image qu’il souhaite donner, Paul Wolfowitz a soutenu les dictatures militaires de Ferdinand Marcos aux Philippines, de Chun Doo Hwan en Corée du Sud et de Suharto en Indonésie.


Au début des années 1980, il a essayé de
sauver la mise à Ferdinand Marcos en le convainquant de réaliser certaines réformes démocratiques. A cette époque, aux Philippines, la combinaison entre une puissante guérilla révolutionnaire et une forte opposition bourgeoise anti-dictatoriale (dirigée par Aquino) risquait d’entraîner une nouvelle défaite des États-Unis à l’image de ce qui s’était passé en 1979 au Nicaragua lorsque les révolutionnaires sandinistes avaient fait front avec l’opposition bourgeoise dirigée par Violetta Chamorro. Ce n’est pas Paul Wolfowitz qui a fait partir Ferdinand Marcos, c’est la mobilisation populaire qui l’a chassé en 1986, les États-Unis assurant la fuite du dictateur vers Hawaï (50e Etat des États-Unis) [2].

En ce qui concerne la Corée du Sud, Paul Wolfowitz prétend qu’il a réussi à convaincre le dictateur Chun Doo Hwan (responsable de massacres pendant la rébellion de 1980) de se retirer en 1987. En réalité, ce sont les millions d’étudiants, d’ouvriers et de citoyens qui, par leur mobilisation, ont forcé le dictateur à quitter le pouvoir.

En Indonésie où les mobilisations anti-dictatoriales étaient moins puissantes (et pour cause, Suharto pour prendre le pouvoir en 1965 avait organisé le massacre de 500.000 civils), les États-Unis ont soutenu le dictateur jusqu’au début 1998. Paul Wolfowitz qui, rappelons-le, a été ambassadeur à Djakarta de 1986 à 1989, déclarait encore en mai 1997 au Congrès que : «  tout jugement équilibré sur la situation en Indonésie aujourd’hui, y compris sur la question très sensible des droits humains, doit prendre en compte les progrès significatifs que l’Indonésie a déjà accomplis et doit reconnaître qu’une grande part de ce progrès est à mettre au crédit du leadership fort et remarquable exercé par le président Suharto » [3].

Le passé récent de Paul Wolfowitz est mieux connu : il est un des concepteurs de la stratégie de guerre « préventive » mise en application en Afghanistan et en Iraq à partir d’octobre 2001. Paul Wolfowitz est un des principaux créateurs des mensonges concernant le danger constitué par Saddam Hussein pour la communauté internationale. Il est un des inventeurs de l’existence d’armes de destruction massive et du supposé soutien de Saddam Hussein à Al Qaida et au terrorisme international en général. Au début de la guerre, Paul Wolfowitz avait affirmé que les soldats états-uniens seraient toujours considérés comme des libérateurs de l’Irak et choyés comme tels par les Irakiens. Il affirmait que l’Irak paierait lui-même le coût de sa libération grâce au pétrole. Donald Rumfeld, Paul Wolfowitz, George W. Bush et Dick Cheney ont utilisé et utilisent l’occupation et la « reconstruction » de l’Iraq au profit des transnationales états-uniennes. Le risque est donc grand que Paul Wolfowitz utilise l’aide « liée » de la Banque mondiale aux mêmes fins.

L’offensive de Washington à l’égard des organisations multilatérales

La désignation de Paul Wolfowitz est à mettre en relation avec l’offensive des États-Unis à l’égard de plusieurs institutions multilatérales.


Acte 1 : le 18 janvier 2005,
Kofi Annan, secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), décide de nommer Ann Veneman, ministre de l’Agriculture de l’Administration Bush, au poste de Directrice exécutive de l’UNICEF. Or les États-Unis et la Somalie sont les deux seuls pays qui ont refusé de ratifié la Convention des Nations unies sur les Droits de l’Enfant (189 pays l’ont ratifiée). On imagine les pressions auxquelles Kofi Annan a été soumis de la part de Washington pour adopter une telle décision.


Acte 2 : le 7 mars 2005, George W. Bush choisit
John Bolton comme ambassadeur auprès des Nations unies. Cet ultraconservateur éprouve une haine réelle envers l’ONU, n’hésitant pas à déclarer : « L’immeuble du secrétariat de l’ONU à New York compte 38 étages. S’il y en avait 10 de moins, ça ne ferait pas une grosse différence. ». Il a tenté de faire virer Mohamed El Baradei qui dirigeait l’institution des Nations unies chargée du suivi du programme de désarmement de l’Iraq juste avant la guerre de 2003. C’est lui qui a obtenu que les États-Unis ne ratifient pas la Cour pénale internationale et qui s’est retiré de la conférence des Nations unies sur le racisme tenue à Durban en août 2001. Pour lui, l’ONU ne doit surtout pas entraver la politique étrangère des États-Unis. Il a même osé déclarer : « Les Nations unies ne peuvent fonctionner que lorsque l’Amérique les dirige ».


Acte 3 : le 10 mars 2005, George W. Bush annonce sa décision de
proposer Paul Wolfowitz, comme candidat au poste de président de la Banque mondiale. Le 31 mars, le Conseil des gouverneurs de la BM élit à l’unanimité Paul Wolfowitz à la présidence de la Banque mondiale. George W. Bush a montré ainsi à la communauté internationale et à ses partisans qu’il a la volonté et la capacité d’accroître le leadership direct des États-Unis sur les institutions multilatérales.


D’une certaine manière,
la désignation de Paul Wolfowitz ressemble à celle de Robert McNamara en 1968. Robert McNamara, secrétaire d’État à la Défense, avait été retiré de la direction de la guerre du Vietnam au début du marasme. Paul Wolfowitz est retiré de son poste en plein échec de la guerre en Iraq. Paul Wolfowitz, comme Robert McNamara, a l’expérience de direction d’une grande administration : le Pentagone. Paul Wolfowitz, comme Robert McNamara, a été conseiller de la politique extérieure du président des États-Unis. Vraisemblablement, Paul Wolfowitz, à l’instar de Robert McNamara et sans rupture avec James Wolfensohn, va maintenir l’alibi de la lutte contre la pauvreté. Comme Robert McNamara, Paul Wolfowitz saura manier la carotte et le bâton.

 
 
Notes:

[1] Milton Friedman, un des pontes de l’université de Chicago, et les Chicago boys vont conseiller le dictateur chilien Augusto Pinochet après son coup d’État de septembre 1973. Voir Eric Toussaint. 2004. La Finance contre les Peuples. La Bourse ou la Vie. Chapitre 14, Idéologie et politique néolibérales : mise en perspective historique, p. 341- 360.

[2] Voir Walden Bello, US Sponsored Low Intensity Confict in the Philippines, San Francisco, Institute for Food and Development Policy, 1987

[3] Tim Shorrock, Paul Wolfowitz, Reagan’s Man in Indonesia, Is Back at the Pentagon, in Foreign Policy in Focus, février 2001, p. 3. « Any balanced judgment of the situation in Indonesia today, including the very important and sensitive issue of human rights, needs to take account of the significant progress that Indonesia has already made and needs to acknowledge that much of this progress has to be credited to the strong and remarkable leadership of President Suharto »

Sources CADTM

 

 

 

 

 

Copinage et corruption : Wolfowicz à la Banque Mondiale

 

 

par Mohamed Hakki

 

Dans un article au sujet de la bonne fortune déclinante des néo-conservateurs dans le cadre de la politique étrangère de Bush, le Wall Street Journal a indiqué que : « Au cours de l’année écoulée, les positions des néo-conservateurs au sein de l’administration, eux qui façonnèrent la réponse américaine aux attentats du 11 septembre, ont été réduites et leur influence a faibli ». Cet article fait référence au départ de certains des plus éminents administrateurs néo-conservateurs de postes clefs pour la définition des orientations politiques. Certains d’entre eux sont partis en pleine disgrâce, d’autres ont quitté leur poste pour d’autres nominations décidées par Bush. Le plus intéressant de ces changements de carrière est sans doute celui de Paul Wolfowitz, secrétaire d’Etat à la défense, qui a été promu président de la Banque mondiale pour le rôle qu’il a joué lors de la guerre en Irak.

Dès le premier jour, tous les vice-présidents, directeurs et employés de la Banque mondiale étaient inquiets, à cause de sa réputation de « grand prêtre des faucons » ou des « volcans », surnoms donnés au groupe de conseillers politiques de Bush, tous étroitement liés les uns aux autres, architectes de la guerre en Irak et force idéologique motrice à l’origine de la décision d’envahir l’Irak. Ils s’interrogeaient aussi sur sa façon arrogante de faire fi de tous les doutes qui entouraient cette guerre. Ils se rappelaient ses prévisions prometteuses, ses prédictions selon lesquelles les Irakiens allaient accueillir les soldats américains comme des libérateurs, à bras ouverts, et son rejet désinvolte des avertissements d’Eric Shimseki, ancien chef d’état major états-unien, qui annonçait que les Etats-Unis auraient besoin d’envoyer plusieurs centaines de milliers de soldats en Irak (et qui fut contraint de démissionner pour avoir osé donner son opinion d’expert). Ils se souvenaient très bien de son affirmation selon laquelle « les revenus du pétrole irakien au cours des deux ou trois prochaines années allaient apporter 50 à 100 milliards de dollars, qui viendraient rembourser la propre reconstruction du pays et plus encore ». Mais, pour être honnête, ils avaient tous envie de lui laisser le bénéfice du doute en dépit du profond cas de conscience contre lequel ils sont chacun en train de se débattre : travailler pour un homme qui est moralement et politiquement responsable d’une guerre horrible qui a versé le sang de milliers de victimes innocentes en Irak.

Désormais, la lune de miel semble terminée. Au vu du coût de la guerre en Irak, il est de plus en plus évident que les prédictions de Wolfowitz sont, au mieux, une blague frôlant le ridicule, ou, au pire, des mensonges intentionnels purs et simples. Quand le conseiller économique de la Maison Blanche, Lawrence Lindsay, estima (en septembre 2002) le coût de la guerre en Irak au montant, plus élevé, de l00 à 200 milliards de dollars, l’administration rejeta son analyse, « sûrement très très haute » selon elle, et le licencia rapidement (une autre personne qui perdit son emploi parce qu’elle l’avait exercé avec une véritable conscience professionnelle). Il apparaît maintenant que même ses chiffres étaient largement en-dessous de la réalité. D’après Joseph Stiglitz, professeur à l’Université de Columbia et Prix Nobel d’économie, et Linda Blimes, expert budgétaire à Harvard, la guerre en Irak va probablement coûter plus de 2 000 milliards de dollars. Le magasine American Conservative indique que : « Ce qui est certain c’est que, avant qu’il ne soit nommé à la tête de la Banque mondiale, quelqu’un aurait dû rappeler que Paul Wolfowitz prévoyait que l’Irak allait financer l’opération de reconstruction lui-même. » Des personnes normales, dans des circonstances normales, auraient été licenciées, mais pas « Wolfie » !

Néanmoins, même en ayant cette sombre histoire en tête, qui risque, ils en ont peur, d’avoir un impact sur leur capacité à répondre aux besoins de leurs clients internationaux et à remplir leur mission de s’attaquer à la pauvreté dans le monde, le personnel de la Banque mondiale doit faire face à des soucis encore plus immédiats. Ce que tout le monde perçoit le plus facilement est la fracture grandissante entre Wolfowitz ainsi que son groupe de proches conseillers et le personnel dans son ensemble. Ce problème est en train de se manifester à différents niveaux.

Au cours des derniers mois, on a assisté à un exode massif de talents de haut niveau depuis la Banque mondiale. Le haut responsable sur l’éthique de la Banque mondiale est parti. Sont aussi sur la liste des départs le vice-président pour l’Asie de l’Est et le Pacifique, le conseiller juridique en chef, le vice-président pour un développement écologiquement et socialement durable, le directeur des ressources humaines de la Banque, le directeur de l’intégrité internationale (qui contrôle la corruption interne et externe), et le chef du groupe des solutions pour l’information.

Steve Clemons indique dans le Washington Note que : « On dirait que Wolfowitz s’efforce de faire fuir les équipes les plus talentueuses de la Banque, et le moral s’effondre. Un grand nombre de personnes de qualité sont en train de partir ».

Qu’a bien pu faire Wolfowitz pour déclencher cette vague inquiétante de sentiments négatifs ? Il a nommé Kevin Kellems, ancien directeur de la communication et porte-parole du Vice-Président Cheney, au poste nouvellement créé de directeur de la stratégie de la communication en plus de sa position de conseiller du président, mettant ainsi de côté le vice-président pour la communication, les affaires externes et les relations avec les Nations Unies de la Banque. Alors que l’on pourrait s’interroger sur la capacité professionnelle de Kellem et rappeler son poste précédent et la désinformation qui se dégageait du bureau de Cheney année après année, la première difficulté pour le personnel de la Banque mondiale provient du fait qu’il a été imposé à la suite d’un coup de force du président Wolfowitz. Wolfowitz, en effet, a imposé une nomination politique au niveau de la direction, chose plutôt rare, en particulier depuis que les postes de direction sont moins élevés dans la hiérarchie administrative et sont traditionnellement pourvus à la suite d’un processus de sélection transparent et basé sur le mérite, non par choix politique.

Un autre exemple scandaleux de coup de force présidentiel est celui de la nomination de la nouvelle tsarine anti-corruption de la Banque, Suzanne Rich Folsom, en tant que nouvelle directrice de « l’intégrité institutionnelle ». Qu’elle soit catapultée de la sorte a poussé Alison Cave, la courageuse et très respectée présidente de l’Association du Personnel de la Banque, à adresser à tout le personnel une lettre ouverte de protestation. Mme Rich, épouse d’un puissant dirigeant républicain et elle-même puissante lobbyiste républicaine, a aussi été nommée au mépris d’un processus de compétition transparent et ouvert. Elle porte en outre le titre de « Conseillère du Président ». Un conflit d’intérêts évident, ou alors il ne pourra jamais y en avoir.

Un autre exemple concerne la nomination au poste de conseiller du président de Karl Jackson, ami de longue date de Wolfowitz qu’il a côtoyé à l’université Johns Hopkins tout comme au gouvernement, et qui a apparemment géré le portefeuille d’activités de la Société Financière Internationale, la branche de soutien au secteur privé de la Banque.

Mais l’exemple sans doute le plus choquant du copinage de Wolfowitz, et de son absence totale de considération pour les principes de l’institution qu’il a été chargé de diriger, sans parler des manifestations évidentes de conflits d’intérêt, implique le rôle toujours plus important donné à sa conseillère en chef, Robin Cleveland. Mme Cleveland a quitté l’administration Bush dans des circonstances mouvementées, après que fut mise au grand jour sa tentative d’utiliser ses relations pour faire entrer un membre de sa famille dans une grande entreprise d’armement, tandis qu’elle négociait avec cette entreprise un contrat pour le compte du gouvernement des Etats-Unis. Néanmoins, même cela ne semble pas avoir terni son image dans le carnet d’adresses des néo-conservateurs, tout le monde s’accordant pour dire que c’est en réalité Mme Cleveland qui dirige aujourd’hui la Banque mondiale.

Tous ces exemples ne font qu’alimenter les doutes grandissants du personnel de la Banque au sujet de la gestion de Wolfowitz. Un cadre parle d’« effronterie absolue ». Un autre employé de la Banque, ancien de la maison, indique que « le combat contre la pauvreté généralisée est avant tout une cause morale ; si nous perdons ce fondement moral, en dédaignant la transparence, la compétence et l’intégrité au sein même de notre institution, il ne reste plus rien d’autre. »

D’autres disent qu’il nomme des mercenaires politiques à des postes qui devraient être occupés par des professionnels hautement qualifiés, au terme d’un processus compétitif et transparent. De cadres de la Banque mondiale voient Wolfowitz s’éloigner des hauts fonctionnaires professionnels de la Banque et s’appuyer, au contraire, sur un groupe d’exécutants politiques, de zélotes et d’idéologues. La confusion et l’inquiétude actuelles du personnel de la Banque à propos de la direction de cette institution internationale apparaît au plus clair à travers les résultats du sondage réalisé par l’institution elle-même auprès de son personnel, et rendu public la semaine dernière seulement. A la question : « Avez-vous une bonne compréhension de la direction dans laquelle l’administration de la Banque mondiale entraîne l’institution ? », seulement 48% des sondés ont répondu favorablement, contre 67% de réponses positives lors du précédent sondage réalisé en 2003.

Plus personne aujourd’hui ne compare Wolfowitz à l’un des anciens présidents de la Banque. Tout le monde dit qu’il est en train de se construire son groupe de soutiens aux plus hauts niveaux de l’institution, confirmant ainsi leurs craintes les plus terribles de voir l’agenda de l’administration Bush être imposé à la première agence de développement du monde. Pendant ce temps, le Bureau des Gouverneurs, qui représente les 184 pays membres de la Banque mondiale, demeure scandaleusement silencieux. Quel dommage !*

* en français dans le texte

Mohamed Hakki est un ancien membre du personnel de la Banque mondiale. Cet article a été publié initialement dans Al-Ahram.

 

 

Source : www.counterpunch.org, 3 mars 2006

Traduction : Aurélie Vitry (CADTM Orléans)

Sources CADTM

Posté par Adriana Evangelizt

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Publié dans LES HOMMES DE LA BÊTE

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