Les réseaux du Vatican - 2ème partie
On continue l'enseignement chrétien du Vatican, trafic d'armes, de drogue et de cocaïne...
Les réseaux du Vatican
2ème partie

Le krach de la banque Ambriosiano est l’une des affaires qui illustre le mieux la dégénérescence du pouvoir des plus hautes autorités catholiques. Nous avons vu que Sam Giancana et le syndicat utilisèrent l’église dans les années soixante pour convoyer des millions de dollars. Un magot qui arrivait à la Continental Illinois (ou Marcinkus fit un stage en 1959), une banque qui possédait des gros intérêts au sein de la Finibank, établissement bancaire suisse dont le Vatican était partiellement propriétaire et que contrôlait le financier Michelle Sindona, grand argentier de la Mafia américaine et sicilienne, dont la famille Gambino.
Une partie de l’argent était convertie en obligations puis transférée à la Finibank ou dans un autre établissement bancaire européen contrôlé par Sindona tandis que le reste des fonds était placé dans des banques d’Amérique centrale ou du sud, comme Panama, transitant ensuite par la banque du Vatican à Rome, puis à la Finibank en Suisse pour arriver dans les mains de Sindona ou d’un prêtre dont l’influence grandissait : Mgr Marcinkus. Michelle Sindona, ancien président des jeunesses catholiques siciliennes, fut recommandé au début de sa carrière au cardinal Battista Montini, alors secrétaire d’état au Vatican et plus tard connu sous le nom de Paul VI. Il fut aussi en contact avec l’incomparable spécialiste du marché noir, affilié à la Mafia américaine dans son exil doré en Italie, Vito Genovése. Il devint le banquier attitré du saint siège sous Paul VI avec le contrôle total de ses investissements à l’étranger pour le compte de la banque du Vatican, l’IOR, instituto per l’opere di religione, l’institut pour les oeuvres religieuses.
Contrôlant la bourse de Milan, il avait une telle capacité d’intervention dans les finances du pays que le premier ministre Guilio Andreotti l’appela un jour le sauveur de la lire. Le banquier que le magazine Times présentait en couverture en 1973 comme l’homme le plus important d’Italie après Mussolini et pour lequel l’Italie, les Etats unis et le Vatican avait claqué plus de deux milliards de dollars, afin de lui sauver la mise, était membre d’une loge maçonnique de type écossais au même titre que les protecteurs et Marcinkus lui même, Spellman, Kennedy, Connaly et Sheen.
La CIA désireuse d’améliorer sa situation financière aurait employé ses circuits de blanchissement de fonds, l’agence utilisant déjà l’IOR pour subventionner des partis et des mouvements politiques européens. En 1972, Paul VI bombarde Marcinkus président de l’IOR, une promotion qui dérangeait l’Opus Deï mais avec laquelle l’organisation catholique du composer une fois arrivée au pouvoir, en 1978, après l’élection de Jean Paul II. Marcinkus avait trop de dossiers, il savait trop de secrets, on ne pouvait pas le congédier sans risque.
L’Oeuvre de Dieu, née en Espagne avant la guerre civile avait soutenu Franco et proliférait dans les régimes les plus autoritaires d’Amérique latine, réussissant à s’imposer en plaçant des hommes clefs aux postes importants de la curie romaine. Au Vatican, les secrétaires d’état changent mais l’appareil reste. Le substitut du secrétaire d’état est le véritable personnage capital. Le cardinal Baggio, sorte de ministre de l’intérieur, le cardinal Samore qui dirige les archives secrètes sont membres de l’Opus Deï, ainsi que le nouveau substitut du secrétaire d’état, Mgr Martinez Somalo, l’un des chefs de l’organisation.
Le capital propre de l’IOR, sans compter les 800 milliards de lires qui correspondent aux dépôts des congrégations et des ordres religieux se chiffrait à 55 milliards de nos francs au début des années 80. L’IOR participait, à l’époque au capital des banques Ambriosiano, Bafisud, Cisalpine, banque pour le commerce continental (qui a financé le coup d’état du Général Pinochet), Rothschild, Hambro’s, Chase Manhattan, Morgan, Bakers trust et les sociétés General Motors, Shell, RCA, ITT... Plus de 25 tonnes d’or étaient déposés à Fort Knox aux Etats unis. Lorsque Jean Paul II accède au pontificat, il sait que Marcinkus et Roberto Calvi (président de la banque Ambrosien) ont fait parvenir en Pologne plus de quarante millions de dollars pour aider l’église et Solidarnosc. Il le sait d’autant mieux que c’était à sa demande, au travers de l’église polonaise américaine.
En 1980, c’est l’escalade. L’IOR contrôle 16 % des actions de l’Ambrosiano quand cette dernière lance une série d’emprunts par l’intermédiaire de ses sociétés écrans : Bellatrix, Manic, Enin, Belrosa, Marbella... Garantis par Ambrosiano, ces emprunts internationaux transitent par l’IOR et rapportent de confortables bénéfices placés sur des prêts à court terme. Au bout du compte, ces sommes étaient destinées à acheter des hommes politiques et des groupes de presse. Le groupe Rizzoli, le plus important d’Italie passe doucement entre les mains de Mgr Marcinkus, Calvi et Gelli de la loge P2.
On raconte que l’affaire Rizzoli commença chez monsieur Dominique Fratoni, au casino du Ruhl à Nice. Les deux associés de l’ami de Jacques Médecin, mort en 1992 à Lugano, que la justice de leur pays tient pour des mafiosi, ont simplement plumé le patriarche Angelo Rizzoli. Il aurait perdu au jeu une quinzaine de milliards d’ancien francs et l’IOR lui aurait avancé plusieurs milliards de lire en échange de 80 % de son journal, le Corriere della Serra. L’affaire de la banque Ambrosiano ou scandale de l’IOR mit la lumière sur la complicité entre le Vatican, représenté par l’IOR de Mgr Marcinkus et Cosa Nostra, représenté par Michelle Sindona, le banquier de Dieu et de la Mafia.
Un système fonctionnant sous la houlette du grand vénérable Licio Gelli, également maçon de rite écossais et grand maître de la loge maçonnique la plus fermée du Monde : la loge P2. Sindona fut le trait d’union entre l’honorable société, la démocratie chrétienne, le saint siège et la banque Ambrosien de Roberto Calvi. La longue collaboration qui s’était instaurée entre ces différents acteurs avais permis à la démocratie chrétienne de Guilio Andreotti de recevoir régulièrement des financements occultes, à Cosa Nostra de blanchir d’importantes sommes d’argent et au Vatican de percevoir des pourcentages non négligeables.
Une affaire qui allait se terminer par au moins trois morts violentes, dont celle de Roberto Calvi, retrouvé pendu sous le pont des Blackfiars à Londres et celle de Michelle Sindona, empoisonné à la strychnine dans une prison italienne peu avant sa comparution devant les juges. Aujourd’hui, l’hypothèse la plus plausible de l’assassinat du banquier Calvi est celle d’un meurtre décidé par la Mafia de Toto Riina pour le punir de ne pas avoir rendu à temps une importante somme que l’organisation lui aurait prêté, lâché par Marcinkus. De la même façon que l’Opus Deï lâchera en 1981, après des années de collaboration, la loge propaganda Du, la loge P2, sinistre organisation de Liccio Gelli qui voulait imposer une solide dictature à l’Italie et à laquelle appartenaient militaires de haut grade, financiers, ministres, ainsi que des dirigeants de presse...
Durant plus d’une dizaine d’années, tous les chefs des services secrets italiens seront membres de la P2, la loge devenant une gigantesque machine à collecter et à distribuer l’argent, les faveurs et les protections parmi les plus grandes institutions d’Italie. Le Saint Siège perdant le contrôle de ses alliés, (qui s’apprêtaient à faire une ouverture à gauche en finançant le parti socialiste italien, un acte intolérable pour le Vatican qui avait des fonds en jeu dans cette affaire) organisa une fuite contrôlée de dossiers confidentiels sur la P2.
Il apparaîtra vite que Propaganda Du entretenait des liens étroits avec la Mafia et surtout avec le terrorisme d’extrême droite, responsable des attentats meurtriers de Milan, du train Italicus et surtout de la gare de Bologne. Quelques uns des épisodes les plus sanglants d’un complot de déstabilisation organisé par des extrémistes fascistes manipulés par les services secrets italiens, la stratégie de la tension. Marcinkus, à défaut être inquiété, sera nommé par Jean Paul II vice président du gouvernement papal sous les ordres directs de Baggio, le cardinal qui a facilité le coup d’état de l’Opus Deï à l’intérieur du Vatican.
Protégeant Jean Paul II comme il le faisait pour son prédécesseur, il devint également évêque titulaire d’Orta, un diocèse tunisien historique qui n’existe plus qu’a l’état de symbole depuis Saint Augustin. Une commission de contrôle de l’IOR composée de quinze cardinaux trouva un déficit de quatre vingt milliards de lires, Marcinkus fut remplacé par un membre de l’Opus Deï, Mgr Renato Dardozzi. L’ancien président sera renvoyé aux Etats unis à l’initiative de Jean Paul II pour éviter de comparaître devant les tribunaux de la péninsule, malgré un mandat d’arrêt international qui fut levé ultérieurement. Cette affaire ne semble pas avoir servi de leçon au Vatican puisque l’IOR a de nouveau été compromise, au début de 1994, dans le procès Enimont.
Le Saint Siège a reconnu que le fameux institut, l’IOR, a servi de relais pour le transfert à l’étranger de 93 milliards de lires, un maxi pot de vin payé à tous les partis politiques italiens pour s’assurer la mainmise sur la chimie italienne. Un scandale qui démontre que l’IOR, chargé de gérer l’argent du Vatican, continue à servir en toute discrétion de banque parallèle. La justice italienne a aussi ouvert une enquête sur les pots de vin versés à l’occasion de la restauration de la fameuse cathédrale de Monreale, d’une valeur de plusieurs milliards de lires, qui avaient directement profités au principal clan de Cosa Nostra, celui de Corléone que dirigeait Toto Riina actuellement en prison. Le secrétaire de l’archevêque, Mario Campisi, fut accusé d’avoir rendu de nombreux services à Léoluca Bagarella, le beau frère de Riina. Le successeur du patron du premier trust mondial de l’héroïne avait ainsi l’habitude de téléphoner et donc de diriger les activités de Cosa Nostra de l’intérieur même de l’archevêché en utilisant le téléphone personnel de Mgr Salvatore Cassica, évêque de Monnedo, qui fut par ailleurs mis en examen pour corruption et trafic d’influence.
Dès lors, on ne s’étonnera pas du bien fondé des accusations de magistrats de Torre Anunziata (province de Naples) qui, grâce à des témoignages de repentis recoupés par des indices matérielles et des écoutes téléphoniques, mettent en cause en 1995 le cardinal Ricardo Maria Carles, archevêque de Barcelone, dans un trafic d’armes, de pierres précieuses et, surtout, de cocaïne qui profiterait à la Mafia italienne. L’intéressé a évidemment démenti, ainsi que le ministre de l’intérieur espagnol et le porte parole de l’Opus Deï.
Cette organisation catholique est pourtant responsable de la création en Colombie d’un centre informatique installé par le saint siège, jouissant du statut d’extraterritorialité et dont le rôle est de ficher les activités politiques des religieux sud américains. Un certain nombre d’ecclésiastiques de ce continent séduits par un marxisme populaire s’opposant aux dictatures militaires auraient ainsi pu être facilement liquidés par des escadrons de la mort. Toutes les enquêtes approfondies menées par des journalistes sud américains réfutant la désinformation occidentale accusent les militaires d’extrême droite être les réelles bénéficiaires du trafic de drogues et, comme en Colombie, ceux de la stratégie de la tension (narco terrorisme) mise sur le dos de Pablo Escobar au début des années 90. Assistés de la CIA qui a pu s’ingérer un peu plus dans les affaires nationales des pays d’Amérique latine, ils réussirent à pervertir, corrompre et manipuler les guérillas marxistes ou nationalistes contrôlant de vastes territoires (M19, FARC en Colombie, Sentier Lumineux au Pérou... ).
L’Opus Deï a soutenu les Contras du Nicaragua en lutte contre les Sandinistes isolés, soutenu par des jésuites. On sait, depuis l’affaire de l’"Iran gâte" sous le règne de Ronald Reagan, a quel point la Contras a été impliquée dans le trafic de cocaïne avec la bénédiction de la CIA, au nom de la lutte anticommuniste. Les investigations des magistrats italiens, comme celle du juge Palermo au début des années 80 sur le troc armes-drogues, ont donc toutes les chances de passer aux oubliettes de l’histoire ou sous séquestre pour cinquante ans pour cause de raison d’état.
Ce bref survol d’un demi siècle de relations sulfureuses entre le Vatican et l’état italien démontre quels périls menacent la République française des lors que l’église se mêle des affaires de la nation.
Sources Confidentiel net
Posté par Adriana Evangelizt