La seule question que l'on se pose sur Jean-Marie Lustiger c'est comment il parvient à être Juif et en même temps Chrétien ? La question mérite d'être posée dans le sens où 98 pour cent des juifs n'ont pas reconnu Ieschoua comme "fils de dieu" ou comme Messie. Pour nous, d'ascendance judaïque, il n'y a pas d'ambiguité sur la question. Ieschoua était Juif et n'a jamais voulu fondé une Eglise Catholique sise au Vatican et assise sur ses ors et ses pourpres. Ieschoua est venu réhabiliter l'Enseignement donné à Abraham avant que le Mosaïsme ne vienne le corrompre. Nous nous inscrivons dans une perspective visant à, primo, réhabiliter Ieschoua le Juif dont s'est appropriée l'Eglise Romaine par l'intermédiaire de Saul de Tarse Juif passé à l'ennemi. La fameuse "apparition sur le chemin de Damas" serait peut-être plus terre à terre si l'on prend le problème à la base. Le Judaïsme Originel peut-il faire confiance à quelqu'un qui vous a trahi ? Peut-on le croire sur parole ? N'y aurait-il pas un téléguidage romanisé dans la voie prise par Paul ? Ce sont des questions que nous nous posons depuis que nous avons perçu l'importance du message de Ieschoua. Secundo, nous voulons aussi réhabiliter le Judaïsme Originel, porteur de paix, que les Lévites mosaïques venus d'Egypte ont remplacé par leur Loi inique et fastidieuse. Voilà en gros ce que sont les Chevaliers du Graal, puisque nous recevons beaucoup de courriels sur cette question. La réhabilitation de la Tradition et de la Vérité est notre Mission. Et vous connaîtrez bientôt les premiers travaux de notre recherche... il va y avoir des grincements de dents. Alors pour en revenir à Jean-Marie Lustiger, il y a des choses qui nous chiffonnent. D'autant qu'il était très proche de Jean-Paul II et même dans la liste des papabiles... quelques articles éclairant pour mieux appréhender l'homme...
L'œuvre assignée aux juifs et aux chrétiens
par Jean-Marie Lustiger
Quel chemin étonnant avons-nous parcouru, juifs et catholiques, depuis plus d'un demi-siècle ! Le quarantième anniversaire de la déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II (1962-1965) coïncide avec le soixantième anniversaire de l'arrivée des troupes soviétiques au camp d'Auschwitz (Pologne).
Alors que se manifestent de nouvelles formes d'antisémitisme, cette double commémoration nous permet de mesurer l'énorme poids de douleur et de honte que fait peser sur les consciences la mémoire de la Shoah, "ce crime inouï, et jusque-là inimaginable", ainsi que le pape Benoît XVI vient de le qualifier à la synagogue de Cologne (Allemagne). Il faudrait, ici, nous arrêter, et rendre grâce pour tous ceux qui ont travaillé à établir entre juifs et catholiques une relation nouvelle de confiance, d'estime et de respect, qui fonde les vraies amitiés. Ils sont nombreux de part et d'autre. Je n'en citerai qu'un seul, Jean Paul II.
Le pape Benoît XVI, en conclusion de son allocution à la synagogue de Cologne, nous invite à "aller de l'avant (...) et tourner notre regard vers les tâches d'aujourd'hui et de demain (...) pour donner ensemble un témoignage encore plus unanime, en collaborant sur le plan pratique".
Il est fréquent aujourd'hui, en Occident, d'entendre parler de civilisation "judéo-chrétienne", le plus souvent pour la critiquer et pour libérer les individus des contraintes qu'elle ferait peser sur les moeurs et la société.
Ainsi, des observateurs, qui se disent éloignés du christianisme comme du judaïsme, les mettent l'un et l'autre dans le même sac. Identifier au coeur de notre civilisation une "Weltanschauung" judéo-chrétienne ne satisfera, certes pas, tous les juifs ni tous les chrétiens, mais atteste de l'extérieur deux faits essentiels pour notre propos. Premièrement : juifs et chrétiens exercent ensemble une responsabilité à l'égard de la civilisation et de l'ensemble des hommes ; deuxièmement : juifs et chrétiens portent ensemble la charge de la révélation biblique.
En ce quarantième anniversaire de Nostra Ætate , nous devons nous laisser interroger par ce regard extérieur et réfléchir à notre responsabilité commune. Que peut et doit apporter au monde la rencontre des juifs et des chrétiens, ou plutôt leur réconciliation, ou mieux encore leurs retrouvailles, au moment où une civilisation planétaire se dessine au milieu des conflits et des oppositions, des convergences et des échanges, mais aussi des replis... Il n'est pas sans signification que les "retrouvailles" entre les juifs et l'Eglise catholique interviennent en cette période critique et magnifique de grands bouleversements, aux conséquences imprévisibles. Certains craindront un résultat désastreux parce que menaçant pour l'indépendance et la liberté des identités particulières, nationales ou religieuses. D'autres, peut-être les mêmes, se demanderont aussi comment des religions, que l'histoire a à ce point séparées, peuvent joindre leurs forces pour contribuer au rassemblement des cultures et des religions.
Quelle signification peut avoir pour l'ensemble de l'humanité le rapprochement des juifs et des chrétiens ? Pour nous, juifs et chrétiens, est en jeu l'universalisme de la révélation. Car cette relation à l'ensemble de l'humanité est inscrite dans l'origine même du judaïsme. Souvenez-vous de la bénédiction donnée à Abraham : "En toi se béniront toutes les nations de la terre" (Gen 12, 3). Rappelez-vous aussi l'annonce prophétique suivant laquelle toutes les nations viendront adorer en son temple l'unique Seigneur du ciel et de la terre.
Chez les chrétiens, les juifs apôtres de Jésus ont obéi, non sans grande peine, à cet oracle prophétique, découvrant presque à leur corps défendant et avec étonnement que le don de l'Esprit était également accordé aux païens. L'ordre de Jésus, donné aux siens, d'aller enseigner toutes les nations (les goïm) pour former parmi elles des disciples qui recevront le baptême (cf. Mt 28,19) fait rejoindre aux chrétiens l'espérance juive pour le monde. Alors même que les attitudes spirituelles et l'expérience des uns et des autres demeurent opposées sur ce point.
Car le peuple juif vit dans une situation paradoxale. Il demeure un peuple, il continue de revendiquer ce nom. La question de savoir s'il est un peuple semblable aux autres, ou différent d'eux, a été posée dès les origines. Nous sommes un peuple différent des nations, parce que formé par Dieu pour le servir ; et une nation semblable aux autres, lorsqu'elle réclame roi et pouvoir comme les autres peuples. Il reste que, dans la mondialisation actuelle, les juifs et les communautés juives dispersées dans le monde entier sont, bel et bien, partie prenante de la diversité des cultures et des nations, sans que s'estompe pour autant l'appartenance au "peuple juif".
De même — – peut-on avancer —–, le fait d'être chrétien incorpore chaque personne et chaque communauté dans l'existence commune de l'Eglise du Messie, présente à travers les temps de l'histoire, dans toutes les nations et en toute culture.
Le problème que nous devons cerner est celui soulevé par la mondialisation. Une solidarité rassemble-t-elle l'humanité entière ? Est-ce au prix de la négation ou de l'oubli des particularités considérées, jusqu'à aujourd'hui, comme des richesses, mais pouvant apparaître, désormais, comme des survivances et des obstacles ? Certes, non. Mais la responsabilité, confiée par la parole de Dieu, aux juifs et aux chrétiens, chacun selon son appel et sa tradition propre, est d'amener l'humanité à la conscience de son unité et de son unique vocation. Celle-ci tient à son origine. L'humanité, comme le disent les premières pages de la Genèse, a été créée par Dieu "à son image et à sa ressemblance" (Gen 1, 26). Il existe au sein de la diversité humaine des guetteurs et des témoins de la lumière de l'origine, non pour l'imposer, mais pour aider l'humanité à déchiffrer sa destinée.
Les juifs ont conscience de leur particularité historique, puisque cette révélation leur a été confiée en premier, une fois pour toutes de façon irrévocable. C'est dans l'expérience d'un peuple façonné par cette élection que l'histoire sainte a pris chair dans l'histoire humaine. La tentation pour le peuple juif est, évidemment, de s'enfermer dans cette particularité et, dès lors, de la vider de sa portée salutaire universelle.
Les chrétiens sont devenus, eux aussi, les bénéficiaires de cette première bénédiction puisque, au moment où l'Eglise naît des juifs, voici que des païens, aussi, obtiennent d'avoir part avec eux à cette bénédiction et à sa promesse. Au cours des siècles, les chrétiens seront tentés, eux aussi, de se recréer des particularismes de type national ou religieux. Ils risquent de perdre le sens de leurs racines, de l'origine garante de leur espérance.
Mais juifs et chrétiens, en se rencontrant et en mesurant leurs différences, peuvent mieux comprendre ce qui leur est donné comme évidence fondatrice et tâche primordiale : révéler à une humanité fractionnée l'appel à l'unité, plus forte et plus grande que son immense diversité.
Aujourd'hui, au vu de l'histoire, sans que le rapprochement puisse rendre moins aiguës les divergences, l'urgence de l'appel reçu aux origines oblige les frères séparés, le frère aîné et le puîné, à répondre, chacun pour sa part, à la mission qui lui est assignée. Aucun ne peut la remplir sans l'autre, sans pour autant faire violence à l'autre ni le réduire. La figure présente de l'humanité anticipe, de manière obscure encore et parfois contrastée, l'espérance portée par les prophètes et proclamée par le Nouveau Testament. Le lien commun aux juifs et aux chrétiens fonde leurs retrouvailles en ce siècle, garantissant l'oeuvre qu'ils doivent accomplir sous peine de manquer à l'humanité. L'équilibre et la paix du monde y sont en cause.
L'avenir commun entre juifs et catholiques ne se réduit pas à limiter le contentieux possible. Il ne peut se contenter d'une pacifique compréhension mutuelle, ni même d'une solidarité dans le service de l'humanité. Cet avenir demande un travail sur ce qui est commun, comme sur ce qui sépare, travail désormais possible car fondé sur la certitude d'une amitié voulue de Dieu. Que les différences et les tensions deviennent un stimulant pour un approfondissement toujours plus attentif et docile au mystère, dont l'histoire nous constitue les héritiers en indivis.
Soures Le Monde
Au début d'avril 2005, il est sous les projecteurs des médias, essentiellement français, en tant que papabile mais comme simple outsider alors qu'à l'annonce de la maladie du Pape, en 2002, il était encore parmi les favoris pour la succession de Jean-Paul II.
Il avait alors de nombreux points communs avec Jean-Paul II, parlant comme lui le polonais aussi bien que le yiddish et le français. L'inconvénient de sa candidature, outre son âge, demeurait le risque de complications diplomatiques d'une élection d'un pape pro-Israélien. Il est vrai que l'on émettait les mêmes réserves géopolitiques, alors contre l'URSS, lorsque Jean-Paul II venait d'être élu.
Sources Wikipedia
Le Cardinal Lustiger au congrès Juif Mondial
(9 janvier 2005)
Le cardinal Jean-Marie Lustiger a salué la présence juive plus que bimillénaire sur le continent européen devant les participants à l'assemblée annuelle du Congrès juif mondial (CJM) à Bruxelles, en même temps que les développements positifs considérables dans les relations entre l'Eglise catholique et le peuple juif qui ont lieu depuis le Concile Vatican II.
Intervenant le dimanche 9 janvier devant quelque 450 représentants juifs venant des quatre coins du monde (Ukraine, Russie, Argentine, Chili, Etats-Unis, France, etc.), l'archevêque de Paris a souligné l'importance de la Déclaration "Nostra aetate" et le rôle qu'a joué le cardinal Wojtyla, l'actuel pape Jean Paul II, dans sa rédaction.
C'est la première fois qu'un cardinal participe à un tel évènement et il fut le seul orateur a avoir pris la parole pendant le dîner de clôture du congrès du CJM.
S'exprimant sur "L'Europe et les juifs", le cardinal Lustiger a rappelé la présence juive plus que bimillénaire sur le continent européen, présence qui "a participé de la longue et extraordinaire histoire de l'Europe, toujours en marge, mais jamais loin du centre, le plus souvent persécutée et menacée de destruction, mais jamais vraiment disparue".
Parcourant les siècles, citant l'exemple typique de Rachi de Troyes, il a évoqué la présence et l'apport des communautés juives à la civilisation européenne. A partir du 12ème siècle, survint la violence des croisades et des expulsions et la fuite vers l'Est et l'Orient des communautés occidentales.
Il a également témoigné comment les élites juives participèrent au mouvement des idées, au cours de la période moderne et tout particulièrement depuis les émancipations civiles à la fin du 18è siècle. "On peut dire sans exagération que la conscience européenne, au cours des deux derniers siècles, a été profondément et intimement marquée par la présence des juifs".
Le cardinal Lustiger, face au déroulement de l'histoire européenne, a relevé que la fuite et l'extermination des juifs ont été une perte irréparable pour les cultures nationales d'Europe: "Que l'on pense précisément à la Pologne, la Roumanie, la Lituanie, l'Allemagne, l'Autriche et tant d'autres nations. Perte irréparable aussi pour l'identité européenne que nous tentons de 'rattraper' depuis un demi-siècle ! C'est aux Etats-Unis d'Amérique ou en Israël que les rescapés de ce naufrage européen ont été recueillis, apportant leur potentiel culturel et religieux à la civilisation de ces nouveaux mondes."
... "Comment l'Europe pourrait-elle aujourd'hui penser son avenir si elle méconnaissait la part de sa culture dont elle est redevable à la présence des juifs en son sein ? ", a-t-il encore lancé devant l'assemblée. (archevéché de Paris)
Le Jour du Seigneur, janvier 2005
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Mgr Lustiger rêve toujours d'une Eglise judéo-chrétienne
(Dimanche 22 décembre 2002) SEMAINE CHARGEE en perspective pour Jean-Marie Lustiger qui, comme chaque dimanche, célébrera la messe ce soir à 18 h 30 à Notre-Dame de Paris.
Demain à 17 heures, le cardinal archevêque de Paris inaugurera avec Bertand Delanoë, maire de la capitale, la « nouvelle mise en lumière » de la cathédrale Notre-Dame.
Mardi, veillée et messe de minuit, toujours à Notre-Dame, suivie le lendemain à 11 heures et demie de la messe de Noël.
Après le marathon de Noël, il enchaînera avec une messe du dimanche, le 29, retransmise sur France 2, puis la rencontre de Taizé le soir même au parc des Expositions, porte de Versailles, avec les 80 000 jeunes Européens attendus.
Dans ce planning chargé et malgré son aisance devant les caméras, Mgr Lustiger, grand zappeur à ses heures, a pourtant préféré décliner les invitations des médias ces dernières semaines, estimant qu'il n'avait pas à faire la promotion de son ouvrage (1), paru le 20 novembre (2002).
Il n'empêche, « la Promesse » suscite la polémique (lire ci-dessous) . Méditations sur le mystère d'Israël partagées avec une communauté de moniales au cours d'une retraite en 1979, ce texte, complété par quatre conférences plus récentes sur les relations judéo-chrétiennes, apparaît comme le testament spirituel de Jean-Marie Lustiger, juif de naissance, chrétien par le baptême.
CONTRE LE LIVRE DE Mgr LUSTIGER "La promesse", le point de vue d'un rabbin ...
« La Shoah n'est pas un remake de la crucifixion »
JOSY EISENBERG, rabbin, responsable d'émissions sur le judaïsme à France 2
«CE QUI ME CHOQUE dans le livre de Mgr Lustiger, c'est qu'il semble considèrer que la Shoah est un remake de la crucifixion, comme si la mort des juifs à Auschwitz était une forme de reconstitution de la crucifixion. Cela revient à faire du massacre d'innocents un dessein divin. Je n'accepte pas qu'on utilise Auschwitz pour légitimer la mort de Jésus sur la croix. Je n'accepte pas non plus l'idée défendue par Mgr Lustiger selon laquelle le christianisme est l'accomplissement du judaïsme. Le christianisme serait-il le stade ultime du judaïsme ? Autrement dit, un juif peut tout à fait rester juif mais il est un juif encore meilleur (accompli) s'il devient chrétien. En disant cela, le cardinal de Paris cherche à légitimer son histoire personnelle, sa conversion. Je ne peux pas être d'accord avec cette idée qui est une régression par rapport au pluralisme de Vatican II. »
Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10
« Il n'a pas cessé d'être juif »
A n'en pas douter, c'est dans ses origines qu'on trouvera la clé du parcours atypique de ce prince de l'Eglise catholique, héritier de l'Ancien et du Nouveau Testament.
« Cet homme est resté fidèle à son appartenance juive. Il n'a pas cessé d'être juif. Il vit sa conversion comme un accomplissement », explique Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et de Lourdes qui a connu le cardinal lorsqu'il était aumônier à la Sorbonne il y a près de cinquante ans.
Né en 1926 à Paris de parents polonais qui tenaient un magasin de bonneterie rue Simart (XVIIIe ), Aaron (prénom du frère de Moïse) Lustiger grandit à Montmartre. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, les Lustiger mettent leurs enfants, Aaron et Arlette, à l'abri à Orléans.
C'est en la cathédrale de cette ville, le vendredi saint de 1940, qu'il est touché par la grâce à l'âge de 14 ans. Baptisé le 25 août, Aaron devient Jean-Marie. Arrêtée sur dénonciation, sa mère est déportée en 1942 à Auschwitz dont elle ne reviendra pas.
De ce drame, il refuse de parler. « C'est le secret de mes parents et le mien », a-t-il confié un jour. « La Shoah, c'est quelque chose qu'il a vécu dans sa chair, avant d'être une question théologique », souligne Mgr Dubost, évêque d'Evry.
« On ne comprend rien à sa pensée, à son comportement d'homme d'Eglise si l'on perd de vue l'enfant juif qu'il a été, pris dans la tourmente de la guerre. C'est donc un homme blessé qui exerce la plus haute fonction de l'Eglise de France », écrit dans son ouvrage (2) le journaliste Robert Serrou, l'un des rares à avoir fait le voyage du souvenir à Auschwitz avec lui.
A la Libération, Jean-Marie Lustiger entreprend des études de lettres à la Sorbonne avant d'entrer au séminaire des Carmes, rue de Vaugirard où il est ordonné prêtre la nuit de Pâques 1954. Aumônier des étudiants à la Sorbonne pendant quinze ans, il sillonne le quartier Latin à vélomoteur avant de se voir confier la paroisse de Sainte-Jeanne-de-Chantal (XVIe).
En décembre 1979, Jean-Paul II le nomme évêque du diocèse d'Orléans. « Pour moi, ce fut comme si tout à coup les crucifix s'étaient mis à porter l'étoile jaune », dira-t-il dans une formule restée célèbre pour signifier la part de judaïsme que porte en lui le christianisme.
Proche du pape, il connaît alors une ascension fulgurante. Nommé archevêque de Paris le 31 janvier 1981, il est « fait cardinal » (c'est le terme consacré) à Rome le 2 février 1983. Dans le train qui l'emmène dans la Ville éternelle, cet intellectuel peu conventionnel lit les aventures de Lucky Luke !
« Les évêques se méfient de son côté dictateur »
Réputé autoritaire et colérique, voire « mal élevé » selon un proche qui raconte l'avoir vu faire des bras d'honneur au volant de sa Super 5, le cardinal a su imprimer sa marque au diocèse de Paris. Il a mis l'accent sur la formation des prêtres en installant huit communautés de séminaristes dans les paroisses proches de Notre-Dame mais aussi sur celle des laïcs en créant l'Ecole cathédrale (2 500 inscrits).
Son seul regret : n'avoir jamais été élu à la présidence de l'épiscopat français. « Ça lui est resté en travers de la gorge. Mais les évêques se méfient de son côté dictateur », lâche un spécialiste.
Maintenu dans ses fonctions au-delà de la limite d'âge fixée à 75 ans, Jean-Marie Lustiger, dont le chocolat constitue le péché mignon, est aussi l'un des cardinaux qui comptent au Vatican où il siège dans une demi-douzaine de congrégations. « Il déjeune souvent avec Jean-Paul II.
La curie romaine, qui connaît son influence sur le pape, le déteste », s'amuse Robert Serrou. A l'époque pas si lointaine où le cardinal figurait sur la liste des « papabili », le journaliste s'était fait fusiller du regard lorsqu'il lui avait demandé en plaisantant : « Si vous êtes élu pape, vous prendrez le nom d'Aaron Ier ? »
(1) « La Promesse », Ecole cathédrale, Parole et silence, 18 € (118,07 F).
(2) « Lustiger, cardinal, juif et fils d'immigré », Perrin, 19,70 € (129,22 F).
Philippe Baverel, Le Parisien, dimanche 22 décembre 2002, p. 10
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(Janvier 2005) Cérémonies d'Auschwitz: un voyage douloureux pour Jean-Marie Lustiger
PARIS (AP) -- Le cardinal-archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger, qui représentera Jean Paul II aux cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d'extermination nazi d'Auschwitz en Pologne, a expliqué vendredi qu'il n'avait pas accepté de gaieté de coeur la requête du pape.
«Ca me coûte, mais je dis oui», a-t-il répondu au pape quand ce dernier lui a demandé de le représenter à ces cérémonies le 27 janvier. Mgr Lustiger n'a pas précisé les raisons pour lesquelles Jean Paul II l'avait choisi personnellement, mais c'est très probablement le passé de l'archevêque de Paris qui a dicté le choix du pape, et notamment parce qu'il a beaucoup oeuvré pour le dialogue entre juifs et chrétiens.
Né dans une famille juive à Paris le 17 septembre 1926, Mgr Lustiger est un rescapé de la Shoah qui s'est converti au catholicisme à l'âge de 14 ans. Mais une grande partie de sa famille a été décimée pendant la Seconde guerre mondiale. «Ma mère est morte à Auschwitz, ainsi que 30 à 40 personnes de ma famille paternelle», a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse à Paris.
«Si j'y vais, c'est parce que le pape me l'a demandé», a-t-il souligné. «C'est vraiment une mission. Je n'ai aucune joie à me trouver à Auschwitz», a-t-il ajouté. Cet endroit, qu'il qualifie de «lieu de mort», lui rappelle trop de mauvais souvenirs.
«En 6e, j'avais commencé à apprendre l'allemand», se souvient-il. Ce qui lui a donné l'occasion de se rendre outre-Rhin à deux reprises pour se perfectionner dans la langue de Goethe, en 1936 pendant un mois dans une famille anti-nazie, puis une nouvelle fois en 1937. Une expérience qui l'a profondément marquée. «J'ai vu le nazisme», raconte-t-il, en se souvenant des mots prononcés par un petit Allemand qui portait des insignes nazis. «On tuera tous les juifs», lui a dit cet enfant, sans savoir que Jean-Marie Lustiger était lui-même juif. «En 1939, quand le Front (populaire) s'est écroulé, je savais qu'ils feraient ce qu'ils avaient dit», se rappelle l'archevêque de Paris.
Le jeune Jean-Marie Lustiger a alors été caché sous un faux nom dans une famille, à Orléans, avec sa soeur et son père. Sa mère était restée à Paris, parce qu'ils avaient un magasin, quand elle a été victime d'une rafle.
Ce sera la deuxième fois que le cardinal Lustiger se rendra à Auschwitz. En juin 1983, il y était allé en pèlerinage avec le cardinal Decourtray, qui était alors archevêque de Lyon.
Pour l'archevêque de Paris, ces cérémonies du 60e anniversaire sont «très importantes», notamment parce que dans dix ans, beaucoup moins de témoins de ce drame seront encore en vie. Et surtout parce qu'Auschwitz a une «signification pour l'Humanité» dans son ensemble.
«La Shoah n'était pas une guerre, mais une extermination scientifique, technique, délibérée», «un cas d'école montrant jusqu'où peut aller la folie humaine», analyse aujourd'hui Mgr Lustiger. Pour lui, elle montre «ce dont est capable l'Humanité quand elle déraisonne».
«Tout peut encore arriver», prévient-il. «Auschwitz dévoile ce que nous refusons de voir dans tous les massacres du monde (...): le même mépris de l'homme poussé à son paroxysme».
Entre un million et un million et demi de prisonniers d'Auschwitz, juifs pour la plupart, ont été tués dans les chambres à gaz ou ont succombé à la faim et la maladie pendant la Seconde guerre mondiale. Six millions de juifs ont été victimes de la «solution finale» décidée par le régime nazi. Les troupes soviétiques ont libéré le camp de la mort le 27 janvier 1945. AP
--par Pierre-Yves Roger-- Le Nouvel Observateur, 21 janvier 2005
Sources Denis Touret
Posté par Adriana Evangelizt
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